Don d’organes: qui peut donner, jusqu’à quel âge et sous quelles conditions?
En Belgique, nous sommes tous donneurs d’organes par défaut. Mais ce principe soulève encore beaucoup de questions. Y a-t-il des limites d’âge? Des restrictions? Peut-on donner de son vivant? Tour d’horizon de ce système souvent mal compris, mais pourtant crucial.
En Belgique, toute personne est en principe considérée comme donneur potentiel à son décès, sauf si elle s’y oppose explicitement. En l’absence d’enregistrement positif ou négatif, les médecins consulteront toutefois toujours les proches du défunt pour connaître sa volonté. Le cas échéant, la famille peut se prononcer pour ou contre le don. S’il existe un enregistrement, la volonté du défunt sera respectée et les proches n’auront pas à prendre une décision émotionnellement difficile.
Depuis cinq ans, chacun peut facilement faire connaître son choix: en ligne ou chez son médecin traitant. Le nombre de donneurs post mortem affiche d’ailleurs une tendance à la hausse, avec environ 371 donneurs en 2024, chacun ayant donné en moyenne 3 à 4 organes. Grâce à une législation progressiste, la Belgique figure depuis des années parmi les leaders européens en la matière.
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Quelles sont les restrictions au don d’organes?
Il existe toutefois certaines restrictions. « Tous les organes ne sont pas soumis au même degré d’usure au cours de la vie », explique Geert Roeyen.
- Pour le cœur, l’âge maximal est de 50 à 55 ans,
- pour les reins, de 75 ans,
- le foie ou les poumons peuvent encore être pris en considération pour une transplantation à 80 ans.
« Tout dépend des antécédents médicaux du patient et des dommages effectifs subis par un organe à la suite d’une affection chronique telle que l’hypertension artérielle ou le diabète. »
Le don est impossible si…
En cas de pathologies telles que le cancer ou la septicémie, le don d’organes est exclu, car le risque est trop grand pour le receveur.
Pour que ses organes puissent être utilisés, une personne doit décéder dans des conditions ‘propices’. Cela signifie généralement à l’hôpital, car en cas de décès à l’extérieur, la circulation sanguine dans les organes s’arrête et ceux-ci deviennent impropres à la transplantation. « En cas de décès à l’hôpital, il faut tout de suite rincer et prélever les organes qui sont ensuite transplantés le plus rapidement possible. »
Faire un don d’organes de son vivant: les avantages
Pour un rein ou un foie, il est possible de donner ses organes après son décès, mais aussi de son vivant. Le rein est l’organe le plus souvent donné dans ces circonstances. En 2024, 82 transplantations rénales ont été réalisées en Belgique avec un donneur vivant, ainsi que 24 transplantations hépatiques.
Un gain de temps… et de chances de survie
Jacqueline van de Wetering, interniste néphrologue au centre hospitalier Érasme, mesure de près toute la valeur de cette démarche. « Le don de son vivant fait vraiment la différence. Le délai d’attente est réduit tout en favorisant en général une meilleure compatibilité. La transplantation d’un rein provenant d’un donneur vivant peut souvent avoir lieu avant même le début de la dialyse. Cela améliore à la fois la qualité de vie et les chances de survie.
Par ailleurs, même si le nombre de donneurs décédés continue d’augmenter, cela ne suffira pas à résorber la liste d’attente. Cela s’explique principalement par le nombre toujours plus élevé de personnes atteintes de diabète, d’hypertension et de maladies cardiovasculaires, souvent causées par un mode de vie malsain, le tabagisme et le surpoids. La demande augmente ainsi le plus fortement chez les seniors. »
Un organe en meilleur état, une greffe durable
« Un rein donné de son vivant peut fonctionner en moyenne 20 à 25 ans, soit 5 à 10 ans de plus qu’un rein donné après le décès, poursuit Jacqueline Van de Wetering. Cela s’explique notamment par le fait que le rein est en meilleur état.
De plus, nous pouvons mieux apparier les groupes sanguins et les types de tissus. Plus il y a de transplantations, moins il y a de dialyses, ce qui améliore la qualité de vie et réduit les coûts: la dialyse coûte entre 80.000 et 120.000 € par an et par patient. Une transplantation coûte environ le même prix, mais une fois seulement. Tout le monde y gagne. »
Don d’organes: existe-t-il une limite d’âge?
Il n’y a pas non plus de limite d’âge. « Une personne de 75 ans en bonne santé peut tout à fait faire un don, tandis qu’une personne de 55 ans ayant subi une crise cardiaque ne sera pas éligible. Même avec une hypertension artérielle ou une maladie thyroïdienne bien contrôlée, il est souvent possible de faire un don en toute sécurité. »
Quelles conséquences pour le donneur?
De fausses idées circulent encore à ce sujet. On pense, par exemple, qu’après un don de rein, on ne peut plus faire de sport, ou qu’il faut prendre des médicaments à vie. « C’est faux. C’est une intervention très sûre, même si toute opération comporte bien sûr certains risques. En général, vous pouvez rentrer chez vous après 3 jours et la convalescence dure de 6 semaines à 3 mois. Et ce n’est que lorsque nous sommes certains que le donneur n’a aucun problème de santé, que sa fonction rénale restera suffisante pour le reste de sa vie et que sa motivation est réelle qu’il obtient l’autorisation de donner son rein. »
S’inscrire comme donneur: la marche à suivre
Il reste urgent de trouver davantage de donneurs d’organes et de tissus. « Si davantage de personnes donnaient de leur vivant ou s’enregistraient comme donneurs potentiels, cela constituerait une avancée remarquable. Car plus la compatibilité est bonne, plus la durée de vie du rein est longue, et plus le risque de rejet est faible. Il est important de faire clairement savoir à vos proches ce que vous souhaitez, afin qu’ils n’aient aucun doute. »
Il est d’ailleurs facile de s’inscrire comme donneur: via masante.belgique.be, auprès de votre médecin traitant ou à la commune.
Texte: Franca van Dalen
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