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Infarctus, stress, Alzheimer… Hommes et femmes ne ressentent pas toujours les mêmes symptômes. © Getty Images

Hommes et femmes ne sont pas égaux face aux maladies

Malades, hommes et femmes ne ressentent pas nécessairement les mêmes douleurs, ni les mêmes symptômes. Ils ne réagissent pas de la même façon aux traitements et ne courent pas les mêmes risques. Prendre conscience de ces disparités H/F serait bénéfique aux 2 sexes.

Par le passé, les recherches autour des maladies et sur les façons de les soigner restaient très centrées sur la gent masculine. Du coup, les femmes étaient traitées selon les critères masculins, d’où un diagnostic peu probant, voire des soins inadaptés. « Les femmes ne sont pas une sous-catégorie de l’homme et des traitements parfois sans effet chez l’homme peuvent s’avérer efficaces chez la femme et vice-versa », explique la psychiatre et neuroscientifique Iris Sommer (UMC Groningen). Un fait important à rappeler à l’occasion de la Journée internationale des Femmes, ce 8 mars.

Pourquoi les femmes étaient exclues des tests?

Si pendant très longtemps, les femmes en âge de procréer ont été délibérément exclues des tests, c’est pour plusieurs raisons. « Avant, les médecins étaient majoritairement des hommes qui examinaient les patients avec leurs yeux d’homme », explique notamment Guy T’Sjoen, endocrinologue et spécialiste des hormones à l’UZ Gent. Par souci de mœurs, il n’était donc pas question pour eux d’observer le corps nu des femmes.

Mais c’est aussi par souci de précaution. « On voulait absolument éviter qu’une femme tombe enceinte pendant les tests cliniques. Notamment parce que les changements hormonaux observés chez la femme peuvent influencer l’efficacité du traitement. De ce fait, on dispose de nettement moins d’informations sur les effets de la médication chez les femmes. » Ces renseignements sont pourtant essentiels.

Maladies: hommes et femmes ne réagissent pas de la même manière

Infarctus, stress, Alzheimer… Hommes et femmes ne ressentent pas toujours les mêmes symptômes.

Cœur: des symptômes d’infarctus très différents

C’est dans le domaine des maladies cardiovasculaires que les différences entre les deux sexes sont les plus marquées. En effet, de nombreux troubles cardiaques affectent hommes et femmes différemment. « Aujourd’hui encore, nombreux sont les infarctus trop tardivement diagnostiqués chez les femmes », souligne Nathalie Meyten, cardiologue au centre cardiaque ZNA de Middelheim. « Le phénomène physiologique, à savoir le blocage d’une artère coronaire et l’oxygénation insuffisante du myocarde, est identique chez les deux sexes mais les symptômes diffèrent ».

Signes chez l’homme:

  • douleur oppressante au niveau de la poitrine,
  • douleur à la mâchoire et dans le bras gauche,
  • transpiration inhabituelle.

Signes chez la femme:

  • douleur diffuse dans la poitrine,
  • nausées,
  • fatigue,
  • difficultés respiratoires
  • bouffées de chaleur.

Ces symptômes moins caractéristiques et d’apparence plus anodine font plus rarement penser à l’infarctus. La femme a tendance à les associer au stress ou à la ménopause. Résultat: le bon diagnostic et le traitement interviennent plus tardivement, et le taux de mortalité est plus élevé chez les femmes. L’auscultation et le traitement semblent également moins efficaces pour ce qui est de l’identification des problèmes cardiaques féminins. « Les vaisseaux sanguins de la femme étant plus fins et plus fragiles, les rétrécissements se situent davantage au niveau « micro », plus difficile à diagnostiquer et à traiter », explique Nathalie Meyten.

Cerveau: des maladies neurologiques qui se manifestent autrement

Autre domaine dans lequel les disparités Homme/Femme sont encore trop souvent sous-estimées: le cerveau. Comme a pu le constater la professeure Iris Sommer, le cerveau féminin est plus petit mais consomme davantage d’énergie. « Bon nombre de pathologies cérébrales affectent un sexe plus que l’autre ou provoquent des symptômes différents chez l’un et chez l’autre », détaille la psychiatre.

Les divergences varient selon la maladie: dont l’autisme, la schizophrénie et la maladie de Charcot. Jusqu’à présent, les manuels décrivaient principalement la variante masculine, d’où un diagnostic erroné ou tardif chez les femmes. Inversement, les hommes peuvent eux aussi être victimes d’erreurs de diagnostic. « La dépression passe souvent inaperçue chez les hommes qui manifestent des symptômes tels que l’agressivité ou la consommation de substances, sur lesquels se concentre toute l’attention, tandis que les femmes ont davantage tendance à se replier sur elle-même, souffrent d’un manque d’estime de soi et d’hypersensibilité à la critique. »

La maladie d’Alzheimer, elle, frappe plus souvent les femmes que les hommes. « La maladie évolue aussi plus vite chez la femme, du fait probablement de son système immunitaire plus actif. Celui-ci va certes lutter plus efficacement contre les menaces extérieures comme les bactéries et les virus. Mais cette meilleure défense peut aussi se retourner contre elle en cas de démence. Le système immunitaire va en effet combattre plus énergiquement les plaques accumulées dans le cerveau (à l’origine de la maladie d’Alzheimer) et de ce fait, abîmer un peu plus les cellules nerveuses et leurs connexions. »

Un système immunitaire féminin plus actif

Pourquoi le système immunitaire ne fonctionne-t-il pas exactement de la même façon chez les deux sexes? Les hormones sexuelles jouent un rôle-clé. « Les oestrogènes et l’absence de testostérone chez la femme ont un effet protecteur », fait remarquer Iris Sommer. Selon lui, la testostérone élimine certains gènes des globules blancs, ce qui a pour effet de rendre le système immunitaire moins performant. À l’inverse, les oestrogènes contribuent à la production d’antioxydants et donnent ainsi un coup de pouce au système immunitaire.

Ceci dit, un système immunitaire très actif peut aussi présenter des inconvénients. Il peut par exemple s’en prendre à son propre corps. « De ce fait, les femmes sont plus enclines aux allergies, à l’asthme mais aussi aux maladies auto-immunes comme la colite ulcéreuse, la maladie de Crohn ou la sclérose en plaques. »

Stress: des réactions hormonales différentes

Face au stress, la réaction des hommes est généralement plus vive. Leur taux de cortisol, l’hormone du stress, augmente plus vite, ainsi que leur pression artérielle. L’oestrogène, l’hormone féminine, atténue au contraire la réaction au stress.

Lorsque la production d’œstrogènes cesse à la ménopause, la réaction de la femme au stress s’intensifie. Un phénomène qui va généralement de pair avec une plus grande fréquence de certains troubles liés à l’anxiété après la ménopause. Ceci dit, il reste encore beaucoup de zones d’ombre à éclaircir.

Cancer: des disparités mieux prises en compte

Pour des maladies comme le cancer, qui touche indistinctement hommes et femmes, certaines disparités sont également à épingler. Ainsi par exemple, certains types de cancer du côlon sont plus fréquents dans la gent féminine, avec une localisation légèrement différente. « Chez la femme, les tumeurs se développent plus souvent à droite dans le gros intestin, chez l’homme à gauche, confie le professeur Marc Peeters, chef du service oncologie à l’UZ Antwerpen. C’est probablement lié à certains gènes. » Cette dissemblance serait sans conséquence pour le dépistage par analyse des échantillons de selles.

La prise en considération des divergences sexuelles dans les cas de cancer s’est considérablement accrue ces dernières années. « On s’est rendu compte que le sexe a une incidence sur la prédisposition à certains cancers, mais aussi sur le traitement. Les différences hormonales jouent probablement un rôle. Comme nous avons pu le constater, la chimiothérapie et l’immunothérapie provoquent des réactions différentes chez l’homme et chez la femme. La toxicité du traitement varie elle aussi. »

Comme pour la plupart des pathologies, le traitement du cancer n’est pas différencié selon le sexe de la personne. « Le même type de tumeur fait l’objet du même protocole de traitement, toutefois adapté en fonction de l’individualité du patient et de ses antécédents médicaux. Une évolution vers la différenciation du traitement en fonction du sexe du patient est plus que probable. »

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