Nager en eau glacée: quand le froid devient une saine addiction
Peu d’endroits en Belgique attendent l’hiver avec autant d’impatience que les clubs de nageurs en eau froide, tels que Cool Huy à Wanze ou les BoomseIjsberen (Ours polaires de Boom) dans la Province d’Anvers.
Loin des piscines chauffées et des plaids bien douillets, ils choisissent volontairement l’eau glacée. Chaque hiver, dès que les températures chutent, une communauté discrète mais fervente se retrouve au bord d’une piscine extérieure bien particulière. Leur moteur ? Le froid.
Nager en hiver, un vrai bonheur
« Plus il gèle, plus je suis heureuse», sourit Lutgart, une boomse ijsbeer qui pratique la nage hivernale depuis 40 ans (!).
« J’ai toujours été attirée par le froid, mais je ne trouvais pas d’endroit pour nager dehors. Juste avant l’un des hivers les plus rudes, celui de 1986, j’ai découvert les « ours polaires de Boom ». En sortant de la piscine, mon maillot était gelé, mais à l’intérieur, je picotais de la tête aux pieds. Grâce à la nage hivernale, je vis les saisons plus intensément, et l’hiver passe en un éclair. Nager en été me semble beaucoup moins intéressant. »
La nage hivernale vous oblige à ralentir et à prêter attention à votre respiration.
Aujourd’hui, c’est devenu indispensable pour elle. « Appelez-ça une saine addiction. Même les soirs où je préférerais m’affaler dans mon canapé, je trouve l’énergie pour aller faire quelques longueurs avec mon amie Gert. L’eau glacée chasse la fatigue, et je me sens mentalement et physiquement plus forte. Et le moral ? Toujours au beau fixe. Tous les nageurs sortent de l’eau avec un sourire. »
Les bienfaits d’une eau glacée
Comme nos hivers sont souvent trop doux à ses yeux, Lutgart a eu l’occasion il y a quelques années de nager dans un lac canadien gelé à –21°C. « J’espère chaque année un hiver où l’on pourra à nouveau flotter entre les morceaux de glace. »
Le credo des « ours polaires » : la première demi-longueur fait mal, après c’est du plaisir. « Entrer dans l’eau froide, c’est chaque fois une victoire sur soi, confirme Gert. Il ne faut pas hésiter : plonger directement, se concentrer sur sa respiration, et après 25 mètres, le plaisir commence. Le meilleur moment, c’est en sortant : la froideur semble soudain chaude grâce au pic d’adrénaline. On a l’impression que tout le corps fête quelque chose, et pendant un instant, on se sent capable de tout. »
« La nage hivernale vous oblige à ralentir et à prêter attention à votre respiration », ajoute Jo, instructeur et président du club de Boom. Plus vous maîtrisez cela, plus les effets positifs du froid sont importants. Pour les débutants, ce n’est pas toujours simple, mais tout le monde peut apprendre. Vous n’êtes même pas obligé de nager : rester immobile dans l’eau suffit. L’essentiel, c’est la régularité : votre corps s’habitue aux températures qui baissent.
Les effets sur la santé continuent de surprendre Jo. « Depuis que je pratique, je n’ai presque plus de rhumes ni de petits maux hivernaux. Le seul piège, c’est l’hypothermie : ceux qui sont habitués au froid sentent parfois moins l’abaissement de leur température et restent trop longtemps dans l’eau. D’où notre règle d’or : jamais plus de longueurs que le nombre de degrés. »
Bain glacé : la stimulation ultime
Avec la coach respiratoire Katrien Geeraerts, le goût du froid va encore plus loin. En plus de la nage hivernale et des douches fraîches, elle s’immerge régulièrement jusqu’aux épaules dans un bain de glace. Ce type d’immersion constitue un stimulus de stress intense.
Stimuler le métabolisme demande énormément d’énergie, c’est une expérience puissante, exigeante, à pratiquer absolument sous supervision. « Il faut pouvoir se remettre à son guide, qui explique au préalable les sensations qui apparaissent lorsque vous plongez votre thorax dans la glace. Vos vaisseaux se contractent immédiatement : le sang se concentre autour du cœur, des poumons et du cerveau. Cette sensation oppressante, il faut l’accepter, même si elle contredit tous vos réflexes. »
Ma circulation est ultra-activée, et la sensation se prolonge longtemps.
La première fois, Katrien a eu l’impression que son souffle était coupé, et a bondi hors du bassin. « Grâce à mon guide, j’ai pu lâcher prise et faire confiance à ma respiration, quelques minutes durant. Ensuite, tout se bouscule en même temps. La sensation de ‘waouh, je l’ai fait’ est un énorme boost mental. Et physiquement, la décharge est tout aussi forte : ma circulation est ultra-activée, et la sensation se prolonge longtemps. »
Prendre un bain glacé tous les jours n’est cependant pas imaginable pour elle. « J’obtiens un effet similaire en me passant brièvement sous un jet d’eau froide le matin. Mais seulement quand je me sens bien ; sinon, je laisse le froid bien éloigné… »
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