Anouk Buelens - Terryn

Burn-out: “On ne se recharge vraiment qu’au retour du bonheur”

Anouk Buelens - Terryn Dr. Anouk Buelens - Terryn est médecin généraliste en formation et écrit sur la pratique quotidienne

Chroniqueuse et médecin généraliste, Anouk Buelens – Terryn écrit sur la pratique quotidienne. Elle raconte ici la rencontre marquante avec un patient en burn-out.

Je m’apprête à accueillir le patient suivant avec curiosité. D’après son dossier, il n’a consulté aucun médecin depuis près de trois ans. Qu’est-ce qui l’amène soudainement ici ? Vêtu d’une tenue à la fois chic et décontractée, il me suit d’un pas assuré, tout en affichant un air encore plus sombre que sur la photo d’identité de son dossier. Habituellement, je constate plutôt l’inverse: les photos officielles sont rarement les plus flatteuses.

Il esquisse un sourire lorsque je formule cette réflexion à voix haute, mais ses yeux ne sourient pas. Comme s’il pouvait lire dans mes pensées, il murmure : « J’ai l’impression d’être complètement vide, docteur. » Ce sont des mots que sa partenaire lui a soufflés, car lui-même ne parvenait pas à mettre le doigt sur ce malaise diffus qu’il traîne depuis plusieurs mois. Bien sûr, il avait déjà remarqué qu’il dormait moins bien, et qu’il était devenu plus irritable qu’à l’ordinaire. Il se sent aussi coupable, parce qu’il n’a plus l’impression d’être le compagnon ou le père agréable qu’il était. Il constate aussi qu’il doit désormais se traîner pour se rendre à son travail, et qu’il ne parvient plus à fournir ses performances habituelles.

Où se situe le tournant de son état d’esprit ? Je le vois mentalement repasser les derniers mois en revue. Son regard s’éclaire lorsqu’il réalise que le rachat de son entreprise par une autre société a probablement été le déclencheur. Après avoir été à la tête de son entreprise durant des années, il s’est soudain retrouvé soumis aux décisions d’autrui. Il espérait que moins de responsabilités lui apporterait davantage de sérénité, mais c’est l’inverse qui se produit. Il se heurte à un stress moral : il ne parvient pas à adhérer à la direction tracée par le manager fraîchement nommé. Son mécontentement gronde, prend le dessus, le paralyse même.

Ce n’est que lorsque vous redeviendrez vous-même que vous pourrez prendre les bonnes décisions.

Tous ces éléments renforcent mon soupçon de burn-out. Les passant ensemble en revue, il finit par compléter lui-même le puzzle, dans un soupir : « J’ai toujours pensé que le burn-out venait de l’incapacité à travailler dur. » Il apprend aujourd’hui que rien n’est plus faux. L’importance d’un environnement de travail soutenant, porté par une vision et une politique auxquelles on croit, est essentielle. Et c’est précisément à cela qu’il se heurte. « Temps de changer ? » me lance-t-il, désemparé. « Il est temps de se reposer, lui dis-je. Ce n’est que lorsque vous redeviendrez vous-même que vous pourrez prendre les bonnes décisions. »

Un dernier mot me vient en lui donnant son certificat d’arrêt de travail. « Ce n’est pas parce que je vous prescris du repos à domicile que vous devez rester enfermé chez vous. Sortez, faites des activités qui vous font plaisir. On ne se recharge vraiment qu’au retour du bonheur. »

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