© Stéphane Kerrad

Véronique Gallo: “Mes histoires sont inventées, pas mes émotions”

Nicolas Evrard
Nicolas Evrard Journaliste

Pour son nouveau spectacle, La vraie vie, Véronique Gallo le jure: dans sa tête, elle a toujours 27 ans. Sauf que son corps n’est pas du même avis. Une approche de la cinquantaine où l’humour le dispute à la lucidité.

C’est ce qu’on appelle une journée-marathon: en pleine promo de son nouveau spectacle, Véronique Gallo nous accorde une interview entre deux émissions radio, coincés dans un petit box de la RTBF. Mais même dans ces circonstances, l’humoriste se montre tantôt touchante, tantôt amusante, toujours bienveillante. Vous la voyez dans ses capsules vidéo sur Internet ? Hé bien, dans la vraie vie, c’est (presque) la même !

Le départ des enfants

Vous présentez votre dernier spectacle comme le dernier volet d’une trilogie sur la vie. Auriez-vous l’impression d’avoir fait le tour du sujet ?

Je pense qu’on n’a jamais fait le tour du sujet de la vie. C’est juste qu’après avoir parlé de la mère, de la femme, j’aborde ici quelque chose de plus universel, avec des sujets qui sont la pulsation de la vie : ces étapes qu’on traverse tous, homme et femme, qu’elles soient belles ou laides. Les difficultés, mais aussi les miracles, l’ombre et la lumière. Ce qui ne veut pas dire que je ne parlerai plus du quotidien !

Votre quotidien est complètement chamboulé…

Il faut réinventer les choses. Dans le spectacle, les aînés prennent leur envol. On a tous rêvé que les enfants s’en aillent, en se disant « Bon, allez, viendra un jour où on va retrouver du temps pour soi… ». Et puis, tout à coup, quand ça se produit, il y a un vide. On est paumés. En tout cas, il y a un long moment d’adaptation. Le spectacle parle de ça : comment prendre de la hauteur par rapport à ça.

On a parfois l’impression que vous dévoilez votre intimité familiale, mais ce n’est pas exactement votre réalité, si ?

J’ai bien deux garçons et une fille qui ont l’âge des personnages du spectacle – Moïse, Bouddha et Clochette –, mais je ne raconte pas la vie de mes enfants, je l’ai toujours dit. C’est un fil très fin entre la réalité et la fiction.

Tout est inventé ?

Oui, mais en même temps, je peux observer autour de moi, écouter ce que mes enfants racontent. C’est pour ça qu’on a l’impression que c’est vrai. Les émotions, par contre, ce sont les miennes. Quand je parle du nid vide, je sais ce que c’est, et ce n’est pas simple. Je travaille beaucoup sur les émotions : une fois que j’ai digéré quelque chose, je peux en parler, en rire, m’en amuser. Je parle d’ailleurs aussi de ce moment avant que l’amour ne vous retombe dessus, quand on est divorcé. De cette solitude qui dure, qui dure… et puis de l’amour qui vous percute totalement à l’improviste. Au fond, je parle de ce qui concerne tout le monde.

Oser être qui l’on est vraiment

Vous déroulez aussi ces histoires de vie quotidienne dans de petites capsules sur les réseaux sociaux. Le fait d’y dévoiler votre intimité – même quand les anecdotes sont inventées – ne vous a jamais joué des tours ?

J’ai une relation extrêmement bienveillante avec le public en ligne, et il est d’une extrême bienveillance avec moi. Je l’ai vu quand j’ai annoncé ma relation avec une femme en mai dernier. Je ne l’ai pas annoncé par besoin égotique : je voulais maîtriser la communication, parce que je n’avais pas envie que quelqu’un d’autre dévoile et déforme les choses.

Quand j’ai annoncé mon amour pour une femme, je m’étais préparée à des réactions négatives. Et ce n’a pas été du tout le cas.

Je m’étais préparée à des réactions négatives, et ce n’a pas été du tout le cas. Ça m’a beaucoup touchée. J’ai reçu beaucoup de témoignages de personnes – hommes et femmes – qui ont vécu une histoire similaire, qui ne savaient pas que ça pourrait leur arriver un jour. J’ai été hétéro toute ma vie, je pense que je le suis toujours, mais…

Vous êtes simplement tombée amoureuse d’une personne qui s’avère être une femme.

C’est ça. Mais je ne devrais pas avoir à en parler parce que, fondamentalement, que je sois avec un homme ou une femme, on devrait s’en foutre. Mais ça, on n’y est pas encore. Dans ma génération, tout le monde était dans des cases. J’ai été élevée comme ça. Maintenant, ces cases, j’essaie de toutes les faire sauter.

À la base, vous étiez professeure. Quel est le déclic qui vous a amené sur scène ?

Mon père est mort à 54 ans. Même si j’avais déjà une grande conscience de la mort – j’ai été traversée par la mort dans mon enfance et mon adolescence – je ne m’attendais pas à cette violence. Ça m’a fait prendre conscience que la vie peut être très courte. Ça m’a donné une première impulsion : je ne pouvais pas nier qui je suis.

Je savais depuis toujours que je monterais sur scène, mais je ne me l’étais pas autorisé. Je voulais des enfants, et il me semblait qu’être prof – et j’ai adoré l’être – était un beau métier pour une femme, parce que je voulais être très présente. Être maman a finalement changé mon regard : je me suis dit « Qu’est-ce que je vais leur transmettre ? Que j’avais des rêves et que je ne les ai pas accomplis ? ». J’ai trouvé ça ardent comme message à délivrer à mes enfants. C’est ça, le vrai moteur.

Presque 50 ans

Votre voie est donc de raconter la vie sur scène. Après celle de parent, vous voici à l’étape suivante, celle de (presque) quinqua…

Je me souviens très bien de qui j’étais quand j’ai pris mon envol : entre 20 et 25 ans, je croyais mieux savoir que mes parents, et je voulais créer la famille géniale que je n’avais pas eue. Et puis voilà, je suis dans la position qu’a connue ma mère à l’époque. Avec un deuil à faire de ce « on est toujours ensemble ». La vie est un éternel recommencement, de génération en génération.

Se retrouver de l’autre côté de la barrière, ça rend plus indulgent envers les générations précédentes ?

On se rend compte qu’on a parfois jugé un peu vite, oui. Mais personne ne pense au fait qu’il aura un jour 50, 60 ans. Même si dans ma tête, j’ai toujours 27 ans, je n’ai pas changé. La seule différence, c’est le corps qui ne suit plus. J’en parle aussi dans le spectacle : les troubles cérébraux, les conséquences de la ménopause… On finit toutes les nuits à poil, mais pas pour les bonnes raisons. C’est ça le plus difficile, d’accepter l’évolution physique. Mais on va assumer. Et puis, 50 ans, c’est aussi une période extraordinaire : on a une vraie connaissance de soi. On sait qui on est. Et ça, c’est génial.

Vous pensez déjà à votre prochain spectacle?

Peut-être le prochain traitera-t-il de la grand-parentalité. Mais là, j’ai de grosses envies de cinéma. Je viens de réaliser mon premier court-métrage, Hosanna. On va encore me dire que j’y raconte du vécu... Ben oui, mais les émotions de mes personnages, vous allez les vivre ou vous les avez déjà vécues. C’est ce que tout le monde vit un jour. La vraie vie, quoi.

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