Illustratie van vrouw met een wolk die haar hoofd bedekt.
Le "brouillard cérébral" concerne au moins 40% des femmes en période de transition de ménopause. © Getty Images

Le brouillard mental, une conséquence fréquente de la ménopause

Julie Luong

À la ménopause, de nombreuses femmes expérimentent des troubles cognitifs, avec des difficultés à trouver leurs mots, à se concentrer ou à retenir les informations.

En général, la ménopause survient chez la femme entre 45 et 55 ans, avec un âge médian de 51 ans. Mais il est fréquent que ce moment soit précédé d’une période de quelques années – la périménopause ou la « transition de ménopause » – où les règles deviennent irrégulières avant de s’arrêter tout à fait. « Certaines patientes présentent des symptômes bien avant l’arrêt des règles, d’autres bien après, et d’autres encore avant et après », explique Serge Rozenberg, gynécologue au CHU Saint-Pierre (Bruxelles). Tous les profils existent.

Une étude menée en Belgique par l’UGent et Securex auprès de 2.408 travailleuses a montré que 87,6 % des femmes ménopausées avaient été confrontées aux symptômes de la ménopause.

Ceci n’est pas une dépression

Mais si certains de ces symptômes – bouffées de chaleur, sécheresse vaginale, troubles du sommeil – sont connus depuis longtemps, il en va autrement du « brain fog » ou « brouillard cérébral », qui concerne au moins 40% des femmes en période de transition de ménopause. Difficulté à trouver ses mots, problèmes de mémoire et de concentration, sensation d’être ralentie ou « à côté de la plaque ». 

La Société internationale de ménopause incite aujourd’hui à prendre très au sérieux ces symptômes qui ont longtemps été minimisés ou confondus avec une dépression. « Il est vrai que la ménopause correspond aussi souvent au départ des enfants, à la dépendance de parents âgés... Il peut y avoir plusieurs facteurs qui interviennent », souligne Serge Rozenberg. Mais les facteurs hormonaux sont loin d’être négligeables.

Le manque d’oestrogènes, la cause?

« Une partie de ces troubles cognitifs peut être liée aux troubles du sommeil, précise Serge Rozenberg. Si on est réveillée plusieurs fois dans la nuit par des bouffées de chaleur et des sueurs nocturnes, il est normal qu’on ait plus de difficultés à se concentrer et à réaliser certaines tâches en journée... Mais beaucoup de recherches indiquent qu’il existe aussi un lien direct entre le manque d’œstrogènes et les symptômes cognitifs. »

Les œstrogènes agissent en effet comme des « clefs » qui ouvrent certaines serrures du cerveau, laissant passer d’autres substances qui interviennent dans les processus de réflexion, mémorisation, langage... Quand cette clef est manquante, ce système est bouleversé. Ainsi, on sait que les bouffées de chaleur correspondent à une perturbation au niveau de la zone du cerveau qui contrôle la température. « On peut imaginer que le manque d’œstrogènes entraîne toute une série d’autres modifications au niveau cérébral. D’ailleurs, les patientes qui ont le plus de bouffées de chaleur sont aussi celles qui ont le plus de troubles cognitifs. »

« Les patientes avec une ménopause précoce sont aussi plus à risque de développer ce type de troubles », précise le spécialiste. Des recherches suggèrent que certains profils génétiques plus à risque de développer une maladie neuro-dégénérative comme Alzheimer ou Parkinson sont aussi les profils plus sensibles au manque d’œstrogènes. Cependant, rien ne démontre à ce jour qu’un traitement hormonal des symptômes de la ménopause permet de prévenir ces maladies.

Plus d’absentéisme à cause du brouillard mental

Il est démontré que pallier le manque d’œstrogènes permet d’améliorer le brouillard mental. Encore faut-il pouvoir l’identifier... « Les femmes ont tendance à minimiser leurs symptômes », souligne Serge Rozenberg.

En prêtant trop d’attention à leurs symptômes, les femmes redoutent aussi de se disqualifier, dans un monde du travail qui prend encore peu en compte ces réalités, alors que certains aménagements (télétravail, flexibilité horaire...) pourraient être envisagés. « Des tests de performance montrent que les patientes ménopausées qui ont des symptômes et ne sont pas traitées ont plus d’absentéisme, souligne Serge Rozenberg. Mais que les patientes qui n’ont pas de symptômes et/ou qui sont traitées sont plus performantes que les hommes du même âge, et même que les hommes plus jeunes… »

Si les traitements hormonaux changent souvent la vie des patientes, il est aussi essentiel, pour lutter contre les troubles cognitifs, de prendre soin de soi, notamment en priorisant l’activité physique.

Les traitements hormonaux: efficaces et sûrs

En redonnant à la patiente l’œstradiol et la progestérone qu’elle ne produit plus, les traitements hormonaux permettent de limiter, voire de supprimer les manifestations indésirables de la ménopause telles que les bouffées de chaleur, les symptômes articulaires, la sécheresse vaginale, le risque d’ostéoporose... et les troubles cognitifs. « L’opportunité d’un traitement doit être évaluée individuellement, explique Serge Rozenberg, gynécologue. Mais il faut vraiment en finir avec le message de peur que les femmes ont reçu pendant vingt ans par rapport aux traitements. »

On sait en effet aujourd’hui que l’augmentation du risque de cancer du sein est en réalité très faible par rapport aux autres facteurs de risque (excès de poids, sédentarité, consommation d’alcool...)  En règle générale, le traitement doit être initié rapidement après la ménopause. Il pourra ensuite être poursuivi aussi longtemps que nécessaire, pour autant que la situation soit réévaluée tous les deux ans. À noter qu’il existe aujourd’hui des traitements non hormonaux qui permettent d’agir spécifiquement contre les bouffées de chaleur et les troubles cognitifs, destinés aux patientes qui ne pourraient pas prendre un traitement hormonal pour des raisons de santé.

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