Dépression, anxiété… Il n’y a pas d’âge pour une psychothérapie
Depuis la crise du coronavirus, les problèmes mentaux reçoivent enfin l’attention qu’ils méritent. Pourtant, un grand nombre de personnes ont encore du mal à identifier et à admettre leurs troubles psychiques, et à demander de l’aide. Entretien avec un expert.
Sur le plan de la santé mentale, les 65+ sont depuis longtemps le groupe oublié, leurs souffrances psychiques étant souvent négligées, tant par les principaux intéressés que par leurs proches et les prestataires de soins. « Même la science s’en désintéresse: moins d’1% des études sur les problèmes psychiques est centré sur les seniors », explique le professeur Mathieu Vandenbulcke, psychiatre gériatrique à l’UZ Leuven.
Et pourtant, ces troubles ne sont pas rares: parmi les plus de 65 ans, pas moins d’1 personne sur 6 souffre de troubles psychiques et 1 personne sur 10 présente un trouble psychique. Pourtant, moins de 20% d’entre elles ont accès à une aide, et généralement trop tardivement.
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Les troubles les plus fréquents après 60 ans
Quels sont les problèmes psychiques auxquels sont confrontées les personnes âgées de plus de 60 ans ?
La dépression et l’anxiété sont les plus fréquentes, mais aussi la nervosité, les ruminations excessives, la morosité, la perte d’intérêt et de motivation dans la vie. Nous observons également des problèmes psychotiques tels que des hallucinations et des changements de comportement, ainsi que l’abus de substances. Certains consomment trop d’alcool ou sont devenus dépendants aux tranquillisants ou aux somnifères.
Dans l’ensemble, cela correspond à ce que nous observons chez les jeunes adultes, mais la grande particularité c’est que les troubles peuvent se manifester différemment.
De quelle manière les problèmes psychiques se manifestent-ils chez les 65+?
Les plaintes semblent plus vagues, telles que « je ne me sens pas bien » ou « je suis nerveux », tandis que les émotions comme la peur ou la tristesse sont beaucoup moins explicites. Dans le cas de la dépression notamment, il s’agit souvent d’une manifestation masquée, les personnes souffrant plutôt de maux de tête inexpliqués ou de douleurs abdominales persistantes.
Des changements de comportement tels qu’une moins bonne hygiène, un plus grand isolement ou une consommation excessive d’alcool peuvent aussi être autant de signaux atypiques.
Avec l’âge, la peur de l’avenir du monde devient aussi plus présente. Les 65+ craignent surtout les conséquences pour leurs descendants et sont beaucoup moins centrés sur leur personne.
L’anxiété et la dépression évoluent avec l’âge
Il est frappant de constater que les 65+ souffrent en moyenne moins de dépression et d’anxiété que les jeunes. Comment cela s’explique-t-il ?
Avec l’âge, la résilience augmente et le niveau de stress diminue. L’effet dit de positivité s’installe souvent sans qu’on s’en aperçoive. Les pensées négatives et les mauvais souvenirs s’estompent, tandis que l’attention se concentre sur les aspects positifs de la famille, des amis et de l’environnement immédiat, ce qui débouche généralement sur une vision plus édulcorée du monde. La vie leur a souvent appris à relativiser les choses. La peur de la mort diminue aussi, en particulier chez ceux qui ont le sentiment d’avoir eu une vie bien remplie.
Sur le plan mental, le vieillissement présente donc également des aspects positifs. La morosité n’en fait pas nécessairement partie, ce qui constitue une raison importante pour distinguer clairement les troubles psychiques du processus normal de vieillissement.
Une vision positive du vieillissement favorise non seulement le bien-être psychologique, mais aussi l’état de santé général. Les personnes qui adoptent une telle attitude vivent même plus longtemps, notamment parce que cette vision positive agit comme une prophétie qui se réalise. D’où l’importance capitale d’une image positive et de modèles inspirants.
Gère-t-on différemment l’anxiété, la tristesse et la solitude en vieillissant ?
En vieillissant, les gens ont tendance à intérioriser davantage leurs émotions. Or ce qui me frappe, c’est qu’ils sont capables de s’ouvrir si vous engagez la conversation. Cette réticence est étroitement liée à leur crainte d’être un fardeau pour leur famille.
L’accent mis sur l’autonomie et la crainte de la perdre est très présent culturellement, mais c’est précisément cette volonté d’autonomie qui empêche souvent de demander de l’aide. Quand on parvient à se détacher de cette illusion d’indépendance, cela devient beaucoup plus facile et accepter de l’aide peut justement permettre de conserver cette autonomie beaucoup plus longtemps.
Parler de ses problèmes, un tabou?
Pourquoi est-il souvent plus difficile de parler de ses problèmes mentaux à un âge avancé ?
Nombre de quinquagénaires et sexagénaires sont déjà concernés selon une étude. Cela reste un sujet de conversation délicat, en particulier pour les générations les plus âgées, en raison de la stigmatisation qui l’accompagne. Elles l’associent encore fortement à la folie ou à la démence, ce à quoi elles ne s’identifient pas.
Une deuxième raison est qu’elles considèrent les problèmes psychiques comme une source de faiblesse et comme une chose qu’elles doivent surtout résoudre elles-mêmes. C’est d’ailleurs la raison la plus souvent citée pour laquelle les personnes souffrant de troubles mentaux ne demandent pas d’aide.
En tant que partenaire ou enfant, comment reconnaître un problème mental et comment y réagir ?
Vous devez être attentif aux symptômes (a)spécifiques, comme le fait de ne pas se sentir bien de manière répétée, ou de se comporter autrement. Posez des questions ouvertes, sans minimiser les symptômes. Des phrases telles que « moi aussi, je me sens parfois seul » ou « moi aussi, j’oublie des choses » ne font que réduire davantage l’autre au silence.
Et proposer tout de suite des solutions concrètes produit l’effet inverse. Souvent, ils y ont déjà réfléchi et cela les incitera à parler encore moins de leurs problèmes à l’avenir. Ce dont ils ont surtout besoin, c’est d’une oreille attentive. Que leur souffrance soit reconnue.
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