Laurence Bibot: “Aux trois quarts de ma vie, j’ai envie de ne plus rien me refuser”
Dans son nouveau seule-en-scène, Bobonne Star, Laurence Bibot semble plus libre que jamais. Elle assume son âge comme terrain de jeu, où seul lui importe d’être au plus près de ce qui la fait vibrer. Nous lui avons posée 7 questions.
En règle générale, les journalistes n’aiment pas trop les interviews par téléphone. Car souvent, c’est quitte ou double : faute de communication non-verbale, l’échange peut perdre en richesse. Il a pourtant fallu s’y résoudre, incompatibilité d’agendas oblige. Mais dès qu’elle décroche, Laurence Bibot balaie toutes nos appréhensions: en instaurant d’emblée le tutoiement, elle crée instantanément un climat de familiarité, propice à une discussion informelle.
Créer sans se censurer
Bobonne Star, le titre de ton nouveau spectacle, est assez interpellant…
Oui, il y a quelque chose d’assez antinomique à accoler Bobonne à Star, mais cela correspond finalement assez bien au spectacle. J’y parle de mon nouveau statut de bobonne – puisque, à mon corps défendant, c’est comme ça que je vais vraisemblablement être appelée par ma petite-fille (née en 2024, NDLR) – et le fil conducteur du spectacle est la chanson Star de Françoise Hardy.
Finalement, cela illustre plutôt bien ton spectacle, joyeusement foutraque, additionné de quelques surprises, où tu sembles faire un peu ce qu’il te plaît...
C’est vraiment ça. Je n’ai pas une pression énorme sur les épaules. J’ai une longue carrière, j’ai fait pas mal de spectacles. Il y en a qui ont marché, d’autres moins bien, mais on ne sait jamais très bien pourquoi, et je ne prétends pas conquérir le monde. Il y avait donc un goût prononcé de liberté pour créer Bobonne Star.
J’ai envie de chanter ? Hé bien je vais le faire. Je veux faire un truc plus visuel ? Aussi ! Je suis arrivée aux trois quarts du temps de ma vie, je ne veux plus rien me refuser. Le calcul, à mon âge, ne peut pas vraiment être autre. À n’importe quel âge, d’ailleurs, mais particulièrement au mien : des spectacles, je n’en créerai plus cinquante…
L’âge comme terrain de jeu
Cet âge, tu le décris d’ailleurs en termes assez imagés, comme une sorte d’âge d’or « entre la ménopause et les débuts d’Alzheimer »...
Mais c’est assez vrai (rire) ! Je dirais que j’ai changé mon regard par rapport à l’âge. Je suis moins effrayée à l’idée que mon visage, mon corps, ma santé changent. Ça m’ennuie, bien sûr, mais ça m’ennuie moins depuis que je suis ‘bobonne’, puisque parallèlement, je vais être face à une petite-fille qui va grandir. Ça me réjouit beaucoup, ça éclipse un peu le reste.
Je suis moins effrayée à l’idée que mon visage, mon corps, ma santé changent.
Et pour Alzheimer… C’est une boutade, évidemment, mais la perspective de vieillir en perdant la raison a quelque chose d’assez terrorisant. Donc, tant que tu peux encore faire presque tout ce que tu veux, tant que tu es encore maître de tout, on peut se dire que c’est une période assez chouette.
Tu parles d’ailleurs de cet âge avec une grande liberté de ton !
C’est que ce n’est pas simple de vieillir et de continuer à faire des spectacles. Mon atout, c’est de pouvoir raconter des trucs propres à mon âge, je peux dire ces choses dont les jeunes stand-upeuses ne peuvent pas encore parler. On ne vit pas les mêmes trucs.
Je parle un peu de sexualité, du déséquilibre entre désirs masculin et féminin. Ce n’est jamais que ma connaissance à moi, mais les lecteurs pour qui tu écris, ils savent bien que ce sont des sujets présents dans nos vies, d’une manière ou d’une autre. Ou qui ne le sont plus, mais qui l’ont été. Ils existent toujours.
Tu parles aussi de ton papa, de son éducation rigide qui l’incitait, par exemple, à te vouvoyer enfant. Pourquoi ?
Dans mes précédents spectacles, j’avais déjà beaucoup parlé de ma mère, mais pas du tout de mon père. Ce n’est pas lui en soi qui me semble intéressant, mais la génération de ces hommes-là. Je pense que, dans le public de mon âge, il y a pas mal de gens qui ont eu des pères qui ressemblaient au mien. J’essaye de piger pourquoi ces hommes étaient comme ils étaient. Je n’ai pas de ressentiment, pas de vengeance à prendre. Mais il y a eu des trucs franchement difficiles, et ça m’a fait du bien de pouvoir le dire, d’en rire. Ce qui m’aide, c’est de trouver les raisons – pas des excuses, mais le pourquoi.
Réinventer le couple et la famille
Tu évoques dans ton spectacle ton époux Marka et votre façon de vivre un peu particulière : mariés, mais chacun chez soi. Une situation un peu atypique, non ?
Oui, mais qui pourrait aider plein de couples. Se dire ‘J’ai rencontré quelqu’un, je vais avoir des enfants avec cette personne, et ce sera la personne avec laquelle je resterai tous les jours jusqu’à la fin de ma vie’, c’est une donnée qui me semble difficile à accepter à l’heure actuelle, à titre personnel. Si on en a la possibilité, que le besoin s’en fait sentir, il faut pouvoir réinventer des formules, trouver des solutions plus créatives.
Ceci dit, avec Marka, nous avons commencé à ne plus vraiment habiter ensemble quand les enfants étaient déjà grands, ados. Le plus dur était fait quand on s’est mis à vivre chacun dans un endroit différent. Ce n’est pas un jugement, mais je trouve ça très bizarre qu’aujourd’hui, beaucoup de gens se séparent quand les enfants sont petits. Je me dis que c’est le moment où il faut tenir le coup, parce que c’est vraiment là que tu as besoin d’être avec l’autre. On n’est pas trop de deux pour être parents.
Et en tant que nouveaux grands-parents séparés, comment cela va-t-il se passer ?
On se retrouve chez l’un ou chez l’autre. On est surexcités à l’idée d’être grands-parents, tous les deux. Je n’imaginerais pas une seconde ne pas vivre ça avec lui. Comme tous les grands-parents, c’est quand même assez cool d’avoir quelqu’un avec qui partager tes états d’âme, tes questionnements.
Pour autant, tu n’as pas besoin d’être dans la même pièce que l’autre toute la journée. Surtout quand tu travailles beaucoup de chez toi. Bon, ce n’est que mon humble avis, évidemment : je parle en mon nom, sans faire de prosélytisme. Mais pour les gens qui pensent comme moi, j’ai juste envie de dire ‘Vous savez, il y a des solutions’.
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