Manque de libido, troubles sexuels: et si la dépression était en cause?
La dépression ne se contente pas d’assombrir nos pensées, de nous rendre triste et sans perspectives. Elle impacte aussi profondément notre sexualité.
C’est malheureusement démontré: dépression et rapprochements sur l’oreiller ne font pas bon ménage. Il est bien sûr difficile de penser à la bagatelle quand on ne peut s’empêcher de broyer du noir, qu’on est épuisé ou qu’on se désintéresse, malgré soi, de ce qui nous faisait fantasmer la veille. Mais les répercussions de ce profond mal-être sur la vie intime sont cependant bien plus profondes.
Des conséquences sur le couple
« La dépression affecte la capacité d’une personne à jouir. Le plaisir met plus de temps à survenir, l’orgasme et l’éjaculation se font attendre et les rapports sexuels deviennent moins satisfaisants, angoissants, voire douloureux », souligne Charlotte Leemans, sexologue-psychologue à la clinique Notre-Dame de Grâce de Gosselies et présidente de la Société des sexologues universitaires de Belgique (SSUB).
Pour ne rien arranger, la dépression peut aussi, par ricochet, détériorer les relations de couple. Et pas seulement en dessous de la ceinture. « La maladie tend à éloigner la personne dépressive de son conjoint. Elle va avoir tendance à renoncer à tout contact intime, même les gestes de tendresse, par crainte que ceux-ci ne soient le prélude à une relation sexuelle. En réaction, le conjoint peut de son côté culpabiliser, se sentir rejeté ou démuni. Il peut également être tenté d’aller voir ailleurs », ajoute Charlotte Leemans.
Un antidépresseur naturel
Ramener du désir là où il n’y en a plus est toutefois loin d’être impossible. « Le plus important est évidemment de traiter la dépression et de suivre le traitement prescrit. Mais cette affection est aussi l’affaire du couple. Elle peut, au moins en partie, se régler à deux. Il est par exemple essentiel de maintenir une connexion avec le partenaire. De son côté, la personne dépressive doit pouvoir travailler seule les problèmes sexuels auxquels elle est confrontée bien malgré elle », poursuit Charlotte Leemans.
Une chute plus ou moins brutale et prolongée de la libido peut être le signe d’une dépression insidieuse. N’hésitez pas à en parler à votre médecin.
Comment? Certainement pas en se forçant à faire l’amour pour faire plaisir à l’autre. Mais plutôt, par exemple, en ayant recours aux bons vieux plaisirs solitaires, plus rassurants. « La masturbation permet de casser le cercle vicieux qui fait que tout rapport sexuel ou toute absence d’orgasme est vécu comme angoissant. Ses effets sur le moral ne sont pas à négliger non plus. L’orgasme, quand on y parvient, contribue au bien-être. On peut même dire qu’il s’agit d’une sorte d’antidépresseur naturel! », confirme la sexologue.
Passer du temps à deux
Cette thérapie en solitaire n’est pas la seule piste envisageable. Il est aussi possible de passer plus de temps à deux, mais différemment. « En tant que sexologue, je conseille au couple de se retrouver lors de moments d’intimité physique. À la condition expresse de ne pas avoir de rapport sexuel. Il peut s’agir par exemple de prendre un bain à deux ou de se retrouver dans un lit en sous-vêtements et de se caresser partout, sauf aux endroits stratégiques. L’idée est de passer petit à petit du ‘Je dois faire l’amour’ à ‘J’ai envie de faire l’amour’ », préconise Charlotte Leemans.
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Explorer une autre sexualité
Pendant cette période difficile, tentez aussi d’enrichir ou de modifier votre répertoire sensuel. Profitez-en, par exemple pour explorer des formes d’étreintes plus lentes et moins axées sur la performance, ou tester différentes variantes de sexualité non-pénétrative.
40 à 50 % des personnes dépressives déclarent souffrir de manque de désir, de difficultés à atteindre l’orgasme, mais aussi de troubales de l’érection et de l’éjaculation ou encore de sécheresse vaginale.
« L’objectif est de lever l’angoisse chez la personne dépressive. On peut, pendant un certain temps accepter de ne pas jouir en couple, tout en prenant quand même du plaisir à deux », assure Charlotte Leemans.
Ne pas rester seul
L’essentiel est en tout cas de ne pas rester seul face à la dépression. Les solutions (médicamenteuses ou non) sont en effet nombreuses. « Les généralistes ont un rôle pivot dans la prise en charge de cette maladie. Et ils sont aujourd’hui sensibilisés aux plaintes sexuelles de leurs patients », ajoute Charlotte Leemans.
Il ne faut pas hésiter non plus à consulter un sexologue, dont l’expérience en matière d’intimité et de thérapie de couple se révélera précieuse. À condition de choisir un spécialiste inscrit auprès de la SSUB. « En Belgique, il s’agit du seul organisme à offrir au public un répertoire de professionnels dûment qualifiés, souscrivant à un code d’éthique et de déontologie. » De quoi ne plus faire rimer déprimé avec chasteté.
Pilules anti-libido ?
Aussi efficaces soient-ils, les antidépresseurs ne sont pas dénués d’effets secondaires. Et, comble de malchance, ceux-ci affectent bien souvent la sexualité de la même manière que la maladie elle-même. Ces effets ne sont cependant pas systématiques. Ils varient aussi selon les antidépresseurs. Parlez-en avec votre médecin.
Auteur: Didier Dillen
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