Bérénice Bourgueil: “Je ne suis ni lisse ni consensuelle, ce n’est pas mon créneau”
Animatrice radio-télé, actrice, désormais autrice: dans son premier roman Tout ce qui est dehors n’est plus dedans, Bérénice parle amitié et parentalité avec la liberté de ton qui la caractérise.
Elle signe son livre sous le nom de Bérénice Bourgueil. Mais dans les locaux de RTL, c’est à ‘Bérénice’ tout court – l’animatrice connue pour son franc-parler – qu’on a affaire. De quoi détendre d’emblée l’atmosphère, pour une entrevue cordiale et sans détours!
10 questions à Bérénice Bourgueil
Votre premier livre se présente comme un roman, un récit, mais on sent quand même qu’il y a beaucoup de vous. C’est une autobiographie ou une fiction?
J’ai entendu un jour un auteur parler de son livre en disant que c’était un ‘auto-roman’. J’aime assez ce concept. Je suis partie de faits qui me sont réellement arrivés: un séjour de plusieurs mois au Canada, où je me suis retrouvée la plupart du temps seule avec mes enfants, pendant que mon mari travaillait. Dans le livre, il y a donc des éléments tout à fait vrais. Mais il y a aussi un côté romancé: j’y ai ajouté des choses que j’ai soit vécues à d’autres moments, soit qui sont arrivées à d’autres personnes, et j’ai tout condensé dans ce voyage.
Justement, quelle était la finalité de l’écriture de ce bouquin?
Lors de ce séjour, il y a eu un coup de foudre amical avec une autre maman, Daniela, à qui je dédie d’ailleurs le livre. Cette histoire était tellement dingue et jolie que je voulais la garder. Or, les souvenirs s’effacent, ou on les transforme. J’ai donc commencé à écrire une sorte de carnet de bord dès mon retour en Belgique, pour que cette rencontre avec Daniela soit gravée quelque part. Pour moi. Et puis à un moment, je me suis dit: ‘Pourquoi ça ne ferait pas un livre’ ?
Ce faisant, vous avez accompli un rêve d’enfant...
Petite, je passais tous mes étés en Bretagne. Là, je m’occupais en écrivant des histoires romancées, je faisais un dessin pour la couverture, j’agrafais les feuilles… Je m’endormais en me disant qu’un jour, ça deviendrait un livre. En grandissant, beaucoup laissent tomber leurs rêves, moi je les range seulement dans un coin… et j’ai parfois l’occasion de les ressortir. Un psy m’a dit un jour de faire confiance à la vie. Je lui ai fait confiance, et me voici finalement avec ce livre en main. Je n’ai aucune prétention de best-seller ou de Goncourt, mais le livre, c’est fait!
Un parcours de saltimbanque
Après animatrice radio et télé, actrice, vous voilà donc avec une casquette d’écrivain! C’est un besoin de vous donner et d’explorer de nouveaux défis?
Oui, mais finalement tout est lié. Le théâtre, c’est un peu de la radio avec un texte. Et la radio, c’est un peu de l’impro: on est en direct, face à un public qu’on n’a pas sous les yeux, mais qui appelle, qu’on entend. Dans tous ces métiers, quand on y réfléchit, on raconte des histoires. S’il fallait me mettre dans une case, je choisirais la case ‘saltimbanque’. Mes parents ne m’ont jamais dit que la curiosité était un vilain défaut, et je suis très curieuse. Donc, quand on me propose quelque chose, je me lance. Actuellement, on vient de me demander d’être maîtresse de cérémonie pour un spectacle d’impro. Un tout nouveau milieu pour moi. Mais j’essaye!
Quitte à risquer de vous planter?
Celui qui ne se plante jamais, c’est celui qui n’a jamais rien essayé. Ce n’est jamais très agréable mais oui, forcément, ça m’est arrivé. Et pas toujours à cause de moi, d’ailleurs. En 2006, je débarquais aux Enfants de la Télé, avec Arthur sur TF1. À l’époque, c’était énorme: 8 millions de spectateurs, soit la première émission d’Europe! Même si je n’avais que deux fois trois minutes d’antenne, je me disais : ‘Ok c’est bon, j’y suis arrivée, la France, Paris !’… Et puis, non. J’ai eu cette maladie très, très ‘grave’ d’être enceinte. Et on m’a appelée pour me dire que je ne pourrais plus faire les enregistrements... Alors que, dans le même temps, j’étais sur scène au théâtre, où j’ai joué jusqu’à mon huitième mois de grossesse…
Pourquoi cette envie de percer en France, chez nombre d’artistes et d’animateurs belges?
Un petit complexe, peut-être ? Et puis, le vivier n’est pas comparable. En France, on touche un public beaucoup plus large. Or quand on fait ces métiers, on a envie de toucher le plus grand nombre… Il y a une autre énorme différence : le pognon. Le métier reste le même, mais l’argent donne plus de décors, plus de lumières, plus de tout. La différence s’amenuise un peu entre les deux pays, mais il suffit par exemple de comparer The Voice France et sa version belge. Je ne parle pas des talents, mais de l’ampleur de la production, ce n’est pas du tout la même chose.
Une télévision devenue trop lisse
Vous avez été à la fois animatrice télé et radio. À quel média va votre préférence?
Aujourd’hui, je préfère clairement la radio. Le direct, le dialogue… Les seules fois où je me suis vraiment amusée en télé, c’était en direct, et c’était il y a longtemps. Le direct devient rare. Et puis, je fais une distinction entre ‘présentatrice’ et ‘animatrice’. Présenter un texte au prompteur, c’est un art, il faut savoir le faire et je ne dénigre pas. Mais moi, ce qui m’amuse, c’est l’animation, c’est ne pas savoir où on va. Et ça, en télé, ça n’existe presque plus. Et quand ça existe, ce n’est pas aux femmes qu’on donne la place.
La télé, c’était mieux avant, quand c’était plus artisanal?
Oui, aujourd’hui, même les émissions dites ‘en direct’ sont souvent en léger différé, pour éviter tout imprévu. Et puis, c’est devenu beaucoup plus lisse et consensuel. Or, je ne suis ni l’un ni l’autre. Ce n’est pas mon créneau. À la base, si je voulais faire ce métier, c’est parce qu’on osait mettre à l’antenne un Christophe Dechavanne, un Thierry Ardisson. Mais aujourd’hui, ce n’est plus possible…
Au-delà de la télé, cette critique d’un monde devenu un peu trop lisse et consensuel revient d’ailleurs plusieurs fois dans votre livre...
C’est un peu le sens du titre Tout ce qui est dehors n’est plus dedans. Je ne voulais pas dénoncer – ce serait prétentieux – mais j’avais envie d’écrire certaines choses, pour que ce soit hors de moi. Dire que ‘c’était mieux avant’, c’est passer pour une vieille conne, mais pour autant… Je trouve qu’il ne faut pas cracher sur ‘avant’. Il y avait bien sûr des trucs à jeter, mais il y en a tout autant aujourd’hui. Oui, il faut aller de l’avant, mais c’est toujours mieux de regarder dans le rétro avant de doubler. Après, chacun fait ce qu’il veut. De toutes façons, c’est la narratrice qui balance tout ça, pas moi. C’est un roman, après tout. (sourire)
Maintenant que la case ‘écrire un livre’ est cochée, quel est le prochain rêve à réaliser?
On a reçu il y a quelques jours les dates des premières représentations de la pièce que j’ai écrite avec Benoît Poelvoorde. Le rêve est à moitié coché: l’écriture est faite, il y a un producteur, des salles réservées… Le second trait du ‘V’, ce sera après la première, à Namur en décembre prochain!
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