Un premier enfant à 18 ans, un second à 38. Reprendre la maternité 20 ans après son premier, ça arrive.
Une femme peut décider de redevenir mère 8, 15 ou 20 ans après une première naissance pour de nombreuses raisons, explique Geert Borms, psychologue clinicien. Parfois, il s’agit d’un accident mais, en général, cet enfant est accueilli avec beaucoup d’amour. Beaucoup de couples décident cependant d’avoir un second enfant une vingtaine d’années après le premier, afin d’avoir le temps de se consacrer pleinement à leur carrière. Le couple, et surtout la mère, nourrit une envie très forte de faire encore un enfant, tant que c’est possible ! Les écarts d’âge les plus importants se rencontrent néanmoins au sein des familles recomposées. L’enfant symbolise alors leur amour et la stabilité de leur relation. «
Une belle expérience
» Je me souviens très bien de l’année 1991, témoigne Jacqueline Versele. Max, notre fils cadet, avait 7 ans. Un jour, il est rentré de l’école en nous annonçant qu’un de ses copains avait reçu un Gameboy et qu’il en voulait un aussi. Un quoi ? lui a demandé sa seuur qui a dix ans de plus que lui. C’est grâce à lui que notre famille est entrée dans l’ère des jeux vidéo. «
De grandes différences d’âge entre les enfants vivant dans un même foyer peuvent donc être très enrichissantes, même s’il est évident qu’on ne peut pas élever tous ses enfants de la même façon. » L’aîné est le premier à se confronter aux limites imposées par les parents, explique Geert Borms, mais les parents évoluent et leurs exigences aussi. Un enfant tardif bénéficie du chemin tracé par ses aînés mais il modifie également la vie familiale. «
Des avis tranchés
Mais, une fois devenus adultes, que pensent les enfants de la grande différence d’âge qui les sépare d’un frère ou d’une soeur ? Maxime, 18 ans, et Benoît, 36 ans, les deux fils de Viviane Burton (lire le témoignage ci-contre), ont un avis tranché sur la question. » Nous ne reprochons rien à notre mère, au contraire. Elle est d’ailleurs plus une amie qu’une mère, assurent-ils en choeur. Mais le jour où nous aurons des enfants, nous veillerons à ce qu’ils soient d’âges très proches. Nous n’avons pas connu la complicité qui unit les frères. «
» A partir d’une différence d’âge de six ans, il n’y a pas de vraie complicité entre les enfants pendant l’enfance et l’adolescence, explique le psychologue. Ils ne jouent pas ou peu ensemble, ne fréquentent pas la même école et ne partagent pas le même cercle d’amis. Cela peut néanmoins changer à l’âge adulte, car la différence d’âge se marque moins. Le risque de voir les aînés développer de la jalousie à l’égard du plus jeune est faible, pour autant que chaque enfant sente que ses parents lui ont donné tout ce qu’ils pouvaient raisonnablement lui accorder. Et, avec un peu de réflexion, les aînés comprennent que la position de petit dernier n’a pas forcément que des avantages. Lorsqu’ils étaient enfants eux-mêmes, leurs parents étaient jeunes et leurs grands- parents très dynamiques. En revanche, des parents de 50 ans aspirent plus à avoir la paix. Quant aux grands- parents, ils ne sont parfois plus là... »
Ma mère est enceinte !
Imaginez que vous avez 15 ans et que vous êtes le cadet de la famille. Un beau jour, votre mère vous annonce qu’elle est enceinte... Cela signifie qu’elle a une vie sexuelle !
» Les enfants vivent désormais dans une société très sexualisée, constate Geert Borms. Le choc de cette annonce peut cependant être plus violent pour un enfant en pleine puberté. A cet âge-là, l’enfant découvre sa propre sexualité et délimite son territoire. La dernière chose qu’il a envie de savoir, c’est que ses parents font encore l’amour.
La génération de Mai 68 a élevé ses enfants de manière très libre, en abordant franchement la question du sexe. Mais les enfants sont pudiques et ne ressentent pas le besoin que les parents leur en parlent, surtout à la puberté. Par contre, ils ont besoin de savoir que leur père ou leur mère est là pour répondre à leurs éventuelles questions sur la sexualité. »
Dans les familles recomposées, il n’est pas rare que l’annonce d’une grossesse soit mal accueillie. Pour un adolescent en conflit avec son beau-père, cela peut même susciter une réaction de rejet encore plus marquée.
» La meilleure attitude à adopter ? Faire preuve de patience, conseille Geert Borms. L’adolescent rebelle change souvent d’attitude dès la naissance du bébé. Il s’autorise enfin à être fier de son petit frère ou de sa petite s£ur, ce qui arrondit également les angles avec le beau-parent. Il est primordial que les parents accordent à l’adolescent un rôle défini et une reconnaissance au sein de la fratrie. »
Cinq règles d’or
Ne soyez ni trop coulant ni trop sévère avec le dernier-né. Evitez de faire preuve de trop de sévérité pour prouver que le benjamin n’est pas le plus gâté.
Parlez franchement avec vos aînés et incitez-les à vous confier leurs sentiments à l’égard du nouveau bébé . Qu’attendent-ils de vous et de leur petit frère ou petite soeur ?
Cette nouvelle naissance est un choix, vous n’avez donc pas à vous justifier aux yeux de vos enfants. N’oubliez pas que le nouveau venu va jouer un rôle dans leur vie. N’éludez pas toutes les questions de vos aînés.
Demandez à vos aînés de parler de leur enfance à leur frère ou soeur. Cela les valorisera en tant que premiers-nés, eux qui ont vécu une plus longue histoire familiale et ont des expériences à raconter, des souvenirs à chérir.
Les événements familiaux sont l’occasion de jeter des ponts. C’est surtout vrai lorsque le dernier-né devient adulte et que les écarts d’âge sont moins visibles. Proposez aussi au cadet d’être le parrain du premier enfant de son frère ou de sa seuur aîné(e).