L’Albanie, l’une des destinations les plus surprenantes des Balkans
Après avoir subi l’une des plus longues et des plus dures dictatures, l’Albanie s’ouvre doucement. Et tente de briser les préjugés qui lui collent à la peau. Bienvenue dans un pays étonnant et attachant.
De paisible bourgade assoupie, la capitale Tirana s’est transformée en 25 ans en cité fébrile et embouteillée. Pour découvrir la ville, la place Skanderbeg est un bon point de départ. Tout autour se concentrent quelques-uns des monuments incontournables, dont la petite mosquée Ethem Bey, la plus ancienne de Tirana.
Un passé sous dictature
Le régime d’Enver Hoxha – fondateur en 1941 du Parti communiste d’Albanie (rebaptisé par la suite Parti du travail) – était basé sur une paranoïa grandissante de l’étranger. Le Coca-Cola était présenté comme une drogue, les cheveux longs interdits pour les hommes, de même que les jeans pour tous et, en règle générale, tout ce qui évoquait l’Occident.
Aujourd’hui libérés du communisme, la chape de plomb qui a pesé sur les Albanais jusqu’à l’aube du 21e siècle a laissé des traces. Éduart, un guide officiant déjà sous la dictature, raconte qu’il devait chanter et apprendre la chanson des patriotes aux rares visiteurs qui s’aventuraient dans son pays. Aujourd’hui, il met un point d’honneur à témoigner de cette époque impitoyable, presque surréaliste.
« Nous n’avions pas de loisirs, tout était rationné et beaucoup d’Albanais ne mangeaient pas à leur faim, témoigne Eduart. J’ai vécu quatre années avec le même pantalon et la même chemise. » Il raconte qu’une nuit, un cargo bananier avait chaviré dans le port. « Les gens ont accouru pour ramasser les fruits échoués sur la plage. Parmi eux, mon père, qui en a ramené à la maison. Je ne connaissais pas cet aliment, je l’ai mangé avec la peau! »

Berat, la “ville blanche” et sa citadelle hors du temps
À l’ouest de la capitale, principal port de l’Albanie depuis l’Antiquité, Durrës mérite une halte pour son amphithéâtre romain, le plus grand des Balkans. Cap ensuite vers le sud du pays et vers Berat. Une « ville blanche » qui étale avec élégance ses façades ottomanes serrées les unes contre les autres à flanc de coteau, et se partage entre quartiers musulman et chrétien sur les deux rives d’un fleuve bouillonnant, l’Osum.
Dans la citadelle de Berat se cache un petit village où le temps s’est arrêté.
À un jet de pierre du centre, une citadelle veille comme un immense vaisseau de pierre sur un éperon. Ses portes s’ouvrent sur un autre monde, un petit village caché, hors du temps, aux ruelles de lourds pavés ronds. Avec, disséminées ci et là, des églises byzantines secrètes, dissimulant de superbes fresques.
Merveille des merveilles, blottie derrière un mur de pierre, la petite cathédrale de la Dormition de la Vierge abrite le musée Onufri et quelques-unes des plus belles icônes du pays. Malgré son isolement, la citadelle n’en est pas pour autant devenue un village-musée. Quelques familles vivent en effet encore à l’abri de ses murs dans de charmantes maisons de pierre plus que centenaires.
Direction Fier et Apollonie d’Illyrie: entre pétrole et Antiquité
En parcourant la région de Fier apparaissent soudain des puits de… pétrole. Plus de doute lorsqu’en s’approchant des derricks, les odeurs d’hydrocarbures titillent les narines. L’une des plus grandes réserves de brut d’Europe continentale est exploitée ici.
Une dizaine de kilomètres plus loin, retour au bucolique avec Apollonie d’Illyrie, une importante métropole de l’Antiquité grecque. À la fin du 5e siècle de notre ère, elle a été ravagée par un séisme et abandonnée. Redécouverte en 1928, seul un dixième de sa superficie a pour l’instant été dégagé. Statues, objets usuels et armes découverts sur le site sont présentés dans le monastère byzantin qui jouxte les fouilles.
La route traverse ensuite les reliefs qui surplombent la côte sud-ouest de l’Albanie, et offre des panoramas sublimes sur cette riviera en partie sauvage. Avec quelques surprises insolites, comme cette ancienne base de sous-marins percée dans la roche à Porto Palermo.
Non loin de la frontière grecque, face à Corfou, on arrive à Butrint, ville englobée dans un superbe parc national, entre mer, lagune et montagnes. Un lieu qui a inspiré Cicéron, Racine, Lord Byron ou encore Eugène Delacroix. Ses vestiges archéologiques grecs, romains, byzantins et vénitiens sont parmi les plus beaux des Balkans, et listés par l’Unesco.

L’œil bleu, une source naturelle fascinante
En reprenant la route des montagnes, une autre halte confirme que la nature albanaise peut prendre les formes les plus inattendues, comme cet œil bleu, une source aux couleurs éblouissantes, presque électriques. L’eau translucide provient d’une source mystérieuse, située à plus de 50 mètres de profondeur, qu’aucun plongeur n’a encore pu atteindre. Outre le plaisir visuel, le site est paradisiaque et invite à la balade, à une halte dans l’une des guinguettes au bord de l’eau, ou même à une baignade rafraîchissante!
La plus belle ville d’Albanie
Plus à l’est, Gjirokastra, plus belle ville d’Albanie, déroule à flanc de montagne ses ruelles pavées bordées de maisons anciennes, les kulle, souvent conçues comme de petits châteaux défensifs (allez, par exemple, visiter la maison Skëndulaj, habitée par la même famille depuis la fin du XVIIe siècle). Une impression de forteresse, encore amplifiée par la citadelle qui offre un panorama inoubliable sur la ville et les sommets enneigés.
L’œil bleu, source paradisiaque aux eaux cristallines, invite à la baignade.
Gjirokastra a donné à l’Albanie son plus célèbre écrivain, Ismail Kadare, mais aussi le plus terrible des dictateurs. Un Enver Hoxha qui privilégia toujours sa ville natale. Dès 1961, il la déclare ville-musée… tout en détruisant la plupart de ses bâtiments religieux, athéisme oblige. La cité de pierre a néanmoins gardé tout son charme et les maisons, protégées par l’Unesco, sont enfin rénovées.
Dernière étape agréable à Kruja, au centre du pays. Ville de montagne, elle aussi, Kruja a un charme indéniable, à commencer par son bazar qui mène à la citadelle. Au XVe siècle, le héros national Skanderbeg en fit sa capitale. Ici, l’Histoire se téléscope puisque c’est la fille d’Enver Hoxha qui a dessiné le musée à la gloire du héros libérateur de l’Empire ottoman. Mieux, lors des troubles de 1997, la population défendit le bâtiment, pourtant vitrine du régime, face aux pillards. Bienvenue en Albanie, un pays mystérieux, aussi étonnant qu’attachant.
En pratique
Formalités: la carte d’identité suffit.
Y aller: BT Tours propose un circuit complet, incluant vols, hébergement, repas, transport et visites guidées. Infos sur www.bttours.be
Gsm: votre forfait roaming ne s’applique généralement pas à l’Albanie. Achetez une carte SIM locale pour surfer sur Internet et téléphoner à moindre coût.
Monnaie: le lek. 1 euro = 98 leks. Prévoyez des liquidités, car les cartes de crédit ne sont pas d’usage fréquent.
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