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Dashcam : le bon choix et la valeur juridique d’une caméra dans la voiture

Pour des raisons de sécurité, des caméras de surveillance fleurissent tant dans les espaces publics que chez les particuliers. Et désormais aussi dans les voitures...

La déferlante des dashcams nous vient des régions de l’Est : de la Russie et de plusieurs pays issus de l’éclatement de l’URSS et de la disparition du Rideau de Fer. Dans ces contrées, la mauvaise qualité de certaines routes – notamment rurales – et les vitesses excessives, sans parler de la conduite sous influence d’alcool ou de drogue, entraînent beaucoup d’accidents.

L’étude publiée voici quelques mois par la Commission européenne indique par exemple que la Bulgarie, la Roumanie, la Lettonie, la Pologne et la Croatie sont les pays qui ont enregistré le plus de tués sur les routes en 2016. Mais un autre aspect noircit encore davantage ce tableau : dans l’ex-Europe de l’Est et en Russie, on comptabilise un nombre élevé de délits de fuite après accident. Si aucun témoin n’est là pour corroborer ses dires, la victime se retrouve alors dépourvue quand il s’agit de faire valoir ses droits face à la police, d’une part, à sa compagnie d’assurance, d’autre part.

Un terreau idéal pour favoriser la popularité des dashcams. Contraction de « dashboard » (tableau de bord) et « camera », ce terme s’applique à de petites caméras qui enregistrent tout ce qui apparaît devant le conducteur. Ces dernières années, l’engouement pour cette nouvelle catégorie d’appareils a progressivement atteint les pays occidentaux... et notamment la Belgique.

Voici quelques mois, Test-Achats élisait la Nextbase 312 GW comme
Voici quelques mois, Test-Achats élisait la Nextbase 312 GW comme « Meilleure du test » et « Maître-Achat ». Depuis, plusieurs autres modèles sont apparus sur le marché, notamment chez le même fabricant, mais celui-ci reste une référence, surtout au vu de son prix actuel : 119 euros.

Comment ça fonctionne ?

À l’image d’un système de navigation autonome (GPS) ou d’un assistant d’aide à la conduite (Coyote), une dashcam s’installe à l’intérieur du véhicule, le plus souvent sur le pare-brise et à l’aide d’une fixation à ventouse. Comme le chauffeur n’est pas supposé y toucher pendant qu’il roule, l’objet doit être positionné de façon à ne gêner en rien sa visibilité. Son objectif dirigé vers la route, il enregistre en continu sur une carte mémoire tout ce qu’il  » voit  » (et aussi, on oublie souvent de le mentionner, ce qu’il entend dans l’habitacle ! ) en même temps que la vitesse et les coordonnées de géolocalisation. Si la carte-mémoire est pleine, la dashcam efface automatiquement les séquences les plus anciennes pour les remplacer par de nouvelles. Pas de problème, donc, même si on embarque pour un très long trajet. En revanche, il est important de pouvoir la relier à la prise allume-cigare: en général, la batterie intégrée ne tient pas plus de deux ou trois heures. Même si les smartphones permettent de capturer des séquences vidéo, ils ne constituent pas une formule optimale pour jouer ce rôle. Au mieux, et avec une application comme CamOnRoad, AutoBoy Dash Cam BlackBox (Android) ou Dash Cam 2 (iOS), vous disposerez d’une solution de test ou dépannage.

Avec le Coyote S, le spécialiste des systèmes d'aide à la conduite combine ses habituels avertissements de bouchons et radars à la fonction dashcam. Un concept unique. Prix: 219 euros.
Avec le Coyote S, le spécialiste des systèmes d’aide à la conduite combine ses habituels avertissements de bouchons et radars à la fonction dashcam. Un concept unique. Prix: 219 euros.

A quoi faire attention ?

L’objectif : le meilleur objectif pour une dashcam offre l’angle le plus large possible. Sa sensibilité est également importante, en particulier pour les enregistrements vidéo de nuit ou par faible luminosité. Des images de qualité HD est un minimum...

La carte mémoire : la capacité d’une carte mémoire varie de 32 à 128 Gb. Elle n’est pas toujours fournie avec la dashcam. Mieux vaut prévoir une carte de grande capacité si vous ne souhaitez pas devoir transférer souvent les images importantes sur votre ordinateur.

La fonction GPS : certains modèles de dashcams contiennent un traceur GPS, qui ajoute des données (localisation et heure exactes) aux images enregistrées. Cela permet d’utiliser plus facilement les enregistrements en tant que preuve.

L'une des fonctions de la Garmin Dash Cam 65 W (250 euros) la transforme en surveillant lorsque vous avez garé votre véhicule et coupé le contact. Elle démarre automatiquement l'enregistrement dès qu'elle détecte un mouvement.
L’une des fonctions de la Garmin Dash Cam 65 W (250 euros) la transforme en surveillant lorsque vous avez garé votre véhicule et coupé le contact. Elle démarre automatiquement l’enregistrement dès qu’elle détecte un mouvement.

La fonction parking : les dashcams équipées de cette fonction tournent, sans les enregistrer, des images lorsque votre voiture est en stationnement. Lorsque le capteur détecte un mouvement ou un impact, la caméra enregistre les images qui précèdent et qui suivent l’accident pendant quelques minutes.

La caméra arrière : certains modèles sont équipés d’une caméra arrière, pour filmer l’arrière du véhicule. Une bonne idée, mais la qualité des images est en général mauvaise.

Le support : il existe deux systèmes pour fixer la dashcam au parebrise : la ventouse ou l’adhésif. La ventouse est plus pratique, parce qu’on peut la déplacer...

Quelle est la valeur juridique d’une dashcam ?

Par Filip Godelaine

Première question à se poser : peut-on rouler en Belgique avec ce genre d’appareil ? Oui ! L’installation d’une dashcam dans la voiture n’est pas interdite, vous ne risquez donc pas d’être verbalisé en Belgique. Par contre, les images enregistrées ne peuvent pas s’utiliser n’importe comment. L’usage récréatif des images est autorisé. Autrement dit, leur utilisation dans la vie domestique ou à des fins personnelles, comme la réalisation d’une vidéo de vacances. Les images restent alors dans le cercle familial. Mais leur diffusion sur les réseaux sociaux, c’est-à-dire leur publication dans la sphère publique ne peuvent pas se faire n’importe comment.

Dans ce cas, les dispositions de la loi sur la protection de la vie privée doivent être respectées. Il faut, par exemple, demander le consentement explicite des personnes qui apparaissent dans la vidéo en question. En cas d’accident ou de comportement agressif d’un autre conducteur, la police recommande de lui transmettre immédiatement les images plutôt que de les diffuser sur les réseaux sociaux, ce qui est punissable. C’est pourquoi dans les vidéos qui arrivent malgré tout sur la place publique, les visages et les plaques d’immatriculation sont floutés de manière à être méconnaissables.

Une preuve en cas d’accident ?

La dashcam peut jouer un rôle préventif, argumentent certains. En effet, le conducteur et les autres automobilistes se montrent plus prudents au volant sachant que leurs parcours sont enregistrés, avec pour conséquence une diminution du nombre d’accidents. Mais aussi et surtout : en cas d’accident, les images peuvent aider à mieux comprendre ce qui s’est passé et à traiter le contentieux. La partie adverse se montrera peut-être plus conciliante si elle sait que l’accident a été filmé. Les compagnies d’assurance arriveront plus facilement à un arrangement, sans devoir intenter une action en justice. C’est pourquoi certains assureurs encouragent même leurs clients à utiliser une dashcam. La police peut également joindre les images visionnées au procès-verbal. Si procès il y a, les images prises par une dashcam ne constituent pas automatiquement une preuve probante. Il incombe au juge d’apprécier l’admissibilité de la preuve mais force est de constater que, dans la pratique, il en est de plus en plus souvent tenu compte. Ainsi, par exemple, dans une affaire d’agression routière, un tribunal de Louvain a donné tort à l’inculpé qui contestait l’utilisation des images d’une dashcam sous prétexte de violation de la vie privée. Le juge a estimé que les images n’enfreignaient pas la loi relative à la protection de la vie privée. Les dispositions de la loi doivent toutefois être respectées à la lettre.

Autrement dit, les images ne peuvent être utilisées qu’en cas d’absolue nécessité pour le traitement de litiges propres et ne peuvent pas être diffusées. Il faut également aviser préalablement la partie adverse de l’existence du matériel filmé (directement après l’accident). En outre, la dashcam doit en principe être enregistrée auprès de la Commission de la protection de la vie privée pour que les images puissent avoir une éventuelle valeur probante. Mais, même dans le cas contraire, le juge peut malgré tout prendre en compte les images enregistrées. La Cour de Cassation a en effet décrété que même les images de caméras obtenues illégalement peuvent servir de preuve pour autant qu’elles n’affectent pas la fiabilité des autres preuves et que leur utilisation n’est pas contraire au droit à un procès équitable.

Et à l’étranger ?

Même si la caméra dans la voiture est légale en Belgique, ce n’est pas nécessairement le cas dans les pays voisins. La dashcam ne fait l’objet d’aucune réglementation européenne, pour le moment du moins. En Allemagne, un juge a infligé une amende à une automobiliste pour possession d’une dashcam qui filmait pendant que la voiture était garée. Dans d’autres jugements, par contre, les images prises par dashcam ont bel et bien servi de preuve. Soyez donc prudents en Allemagne, ainsi qu’au Luxembourg, en Autriche et au Portugal. Mieux vaut éteindre, voire retirer la dashcam de la voiture pour éviter les problèmes. Dans ces pays, le fait de filmer avec une dashcam est considéré comme une violation de la vie privée. Ce n’est pas le cas ailleurs dans le monde, en Asie et en Russie notamment. Les compagnies d’assurance russes vont même jusqu’à imposer l’utilisation de la dashcam. Nous n’en sommes pas encore là en Belgique et étant donné tous les garde-fous mis en place pour assurer la protection de la vie privée, c’est fort peu probable.

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