Crise du couple après 60 ans: comment savoir s’il faut divorcer?
Après 60 ans, nombreux sont les couples qui traversent de grands bouleversements... et divorcent. Comment savoir si la relation peut encore être sauvée ou pas? La thérapeute de couple Vanessa Muyldermans apporte un éclairage sur la manière de sortir de cette impasse.
Chaque jour, en moyenne, 6 couples âgés de 65 ans ou plus se séparent, le plus souvent après un mariage de trente ans ou davantage. Selon Statbel, l’office belge de statistique, le nombre de divorces chez les couples dont les 2 partenaires ont 65 ans ou plus a augmenté. Pourquoi ces séparations tardives augmentent-elles? Et surtout: comment savoir s’il faut rester ou partir lorsque son couple vacille à la soixantaine?
Pourquoi le couple entre en crise après 60 ans
Les grands moments de bascule dans la vie, qui entraînent des changements profonds, agissent souvent comme des catalyseurs de crise au sein du couple. Le départ des enfants, des problèmes de santé graves, le passage à la retraite ou la prise en charge d’un proche dépendant figurent parmi les tournants les plus fréquents à un âge plus avancé.
« À chaque nouvelle phase de vie, le couple change lui aussi », explique Vanessa Muyldermans. « La relation se transforme et il faut apprendre à la regarder autrement. Le piège, c’est que beaucoup n’en prennent pas conscience et continuent comme avant, alors que la situation, les routines et les émotions associées ont radicalement changé ».
Ceux qui tiraient beaucoup de satisfaction de leur travail ou du soin apporté à leur famille doivent désormais trouver cette gratification ailleurs. Certains couples glissent naturellement vers cette nouvelle étape, tandis que d’autres connaissent de fortes frictions. « Ces grands tournants devraient idéalement être discutés ensemble, afin de sonder les besoins et attentes actuels de chacun. Trop souvent, ces désirs restent tus jusqu’à ce que tout se bloque et que l’on ait le sentiment de s’être éloignés l’un de l’autre. Le doute s’installe alors: rester ensemble est-il encore la bonne option? »
Rester ou partir? Dresser la liste de ses besoins
Selon la thérapeute, lors de tels moments charnières, il est essentiel de partir de ses propres besoins pour évaluer sa relation.
« Cela peut sembler étrange, mais c’est extrêmement éclairant. Posez-vous – et posez à votre partenaire – la question suivante: de quoi ai-je besoin dans ma relation aujourd’hui? Entrez ensuite en dialogue pour voir comment vous pouvez vous rejoindre. Les besoins évoluent avec le temps. Il ne s’agit pas non plus que l’un des deux dépasse ses limites pour satisfaire les besoins de l’autre. »
La décision de poursuivre une relation devrait ainsi être guidée par ses propres besoins. « Vous choisissez cette relation parce qu’elle vous apporte quelque chose à vous, pas par souci pour l’autre ou parce que ce serait ‘bon’ pour l’autre. Autrefois, ce point de départ était perçu comme égoïste. Aujourd’hui, on parle plutôt de soin de soi. »
Cette évolution touche désormais toutes les générations. « Les sexagénaires et septuagénaires sont de plus en plus conscients de leurs propres besoins. La perspective du temps qui se raccourcit les incite à vouloir vivre les années à venir de la meilleure façon possible. Cela entre parfois en tension avec les messages reçus durant leur éducation, où l’on insistait sur le fait de se contenter de ce que l’on a. Mais un tournant s’opère. »
Exercice: décrire une journée idéale
Identifier ses besoins peut devenir un grand voyage intérieur. Pour autant, il n’est pas toujours facile de les formuler clairement.
« C’est pour cette raison que j’ai développé un plan par étapes, avec des questions ciblées pour aider les personnes à amorcer cette réflexion. » Il s’agit de se concentrer uniquement sur soi, indépendamment d’un partenaire concret ou de la situation actuelle:
- Qu’est-ce qui, selon vous, vous rendrait heureux?
- À quoi ressemblerait une journée idéale ? Visualisez-la. Que feriez-vous? Qui serait éventuellement présent?
- Comment sauriez-vous, en fin de journée, que c’était une journée parfaite pour vous?
- Quand avez-vous vécu récemment une telle journée?
- Quand et pourquoi vous êtes-vous mis en colère pour la dernière fois?
- Qu’est-ce que vous ne voulez plus à l’avenir – par exemple devoir toujours vous justifier ou subir des critiques constantes?
« Les réponses honnêtes permettent de cerner ce dont vous avez fondamentalement besoin et de voir si cela peut se réaliser avec votre partenaire. Les conclusions peuvent parfois surprendre. »
Le fait que l’amour ait été flamboyant au début et que vous ayez vécu des années formidables ensemble ne dit finalement pas grand-chose sur l’avenir de votre relation. « La motivation pour remettre la relation sur les rails doit se situer dans le futur, pas dans le passé », insiste Vanessa Muyldermans. Voyez-vous encore une possibilité de connexion avec votre partenaire? Rester ensemble uniquement parce que vous avez partagé des moments intenses autrefois ne suffit pas.
Pas plus que rester par culpabilité, parce que l’autre a beaucoup fait pour vous. « La culpabilité peut freiner une rupture, mais elle constitue une très mauvaise raison de poursuivre la relation. Cela mène souvent à la frustration, au ressentiment ou à la solitude. »
Perte de connexion et sexualité: 2 causes majeures
La principale raison pour laquelle des couples de longue date se retrouvent malgré tout au bord de la rupture est la perte de connexion. « On m’explique souvent qu’ils vivent davantage comme un frère et une sœur, voire complètement côte à côte. La question surgit alors: est-ce vraiment cela que je veux pour le reste de ma vie? »
La seconde raison, étroitement liée, concerne des besoins sexuels divergents: l’un éprouve un besoin plus fort d’intimité, tandis que l’autre prend ses distances. « Les changements physiques, comme les troubles liés à la ménopause ou les problèmes d’érection, jouent un rôle certain. Hommes et femmes ne fonctionnent pas de la même manière sur le plan physiologique. Sans généraliser, j’observe que la sexualité constitue plus souvent, pour les hommes, un mode essentiel de communication que pour les femmes. Lorsque ce ‘langage’ disparaît ou s’amenuise, ils perdent une voie cruciale de connexion. »
Pour réconcilier des besoins sexuels différents, il faut oser regarder ce qui se cache en dessous et en parler honnêtement. « Est-ce parce que vous ne trouvez plus votre partenaire physiquement attirant et que vous évitez les contacts? Ou parce que vous ne vous sentez pas bien dans votre corps, ce qui empêche toute réaction à certaines stimulations? Lorsqu’il y a un problème physique ou psychologique, le désir sexuel devient plus difficile. Les gens évitent alors aussi les câlins, les caresses ou les baisers, et risquent d’entrer dans un cercle vicieux de mise à distance corporelle. »
La thérapie de couple peut aider à reconstruire d’abord la connexion, à travers des exercices, des échanges, des contacts légers, afin de recréer progressivement un lien sécurisant. « À partir de là, la motivation sexuelle peut revenir à leur rythme, ou les attentes peuvent être ajustées au profit d’autres formes d’intimité. La condition essentielle est que les deux partenaires souhaitent à nouveau cette connexion intime. »
Comment savoir s’il reste un espoir? 2 questions décisives
Comment un couple peut-il déterminer s’il existe encore un espoir pour une relation de longue date mais vacillante, ou s’il vaut mieux y mettre un terme?
« Deux questions simples sont déterminantes : le voulez-vous encore tous les deux? Et y croyez-vous encore? Lorsque les deux y croient encore, tout reste possible – avec ou sans thérapie. C’est un signal bien plus important que la complexité des conflits rencontrés. Souvent, les couples sont coincés dans des reproches ou des silences liés à de vieilles blessures, faute d’avoir appris à communiquer de manière respectueuse. Cela peut s’apprendre à tout âge. »
Lorsque des blessures douloureuses restent longtemps enfouies, elles peuvent se transformer en disputes quotidiennes autour de futilités, alors que le problème est bien plus profond. Parfois par manque de conscience, parfois par peur d’en parler, par honte.
Ces conversations, accompagnées par un(e) professionnel(le), peuvent être confrontantes, voire blessantes dans un premier temps. Elles exigent une grande confiance, mais à long terme, elles peuvent restaurer la connexion et approfondir la relation. De nombreux couples de longue date en ressortent renforcés.
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