Depressieve blanke vrouw van rond de 60 alleen in haar slaapkamer.
Marie: "Je n’ai personne en qui je pourrais reconnaître des traits de famille." © Getty Images

Témoignage: “Je n’ai plus de famille”

PlusMagazine.be Rédaction en ligne

Marie pensait ne jamais se retrouver seule. Pourtant, après une succession de drames familiaux – maladie, addiction et deuil – elle est aujourd’hui la dernière survivante de sa famille. « Je n’ai plus personne de mon sang, personne avec qui évoquer le passé. » Elle se confie.

« On pourrait croire que l’on finit par s’habituer. Mais non: il y a des moments où le manque se fait cruellement ressentir. Par exemple quand je vois des familles au restaurant, ou des publicités qui mettent en scène de joyeuses tablées, surtout en période de Noël. Les gens n’imaginent pas comme ces images peuvent faire mal.

Une petite sœur mort-née

Oh! Ce n’est tellement pas ce que souhaitait ma mère… Mon père et elle étaient tous deux des enfants uniques, et ils l’ont regretté. ‘Au moins, vous, vous ne serez jamais seuls au monde’, nous disaient-ils, à ma sœur, mon petit frère et moi. Et quand ma mère est retombée enceinte, elle était folle de joie. Mais notre petite sœur est morte à la naissance, et le brouillard sombre qui a alors baigné la maison ne s’est jamais dissipé.

Cancer et addiction: 2 séparations tragiques

6 ans plus tard, ma mère est morte d’un cancer des ovaires; nous pensions que c’était d’avoir eu le cœur brisé. À la même époque, mon frère s’est perdu dans la boisson, les drogues et la criminalité. Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour le remettre dans le droit chemin, sans y parvenir, hélas.

Heureusement, il me restait Papa et ma sœur. Elle et moi étions les meilleures amies du monde. On partageait tout, même le fait de ne pas avoir eu d’enfant. Mes ovaires n’ont jamais été productifs et ma sœur, traumatisée par la mort de la petite dernière, n’a jamais osé fonder une famille. Mais cela allait, nous menions une vie bien remplie, chacune étant mariée. On partait souvent en vacances ensemble et on partageait des tas d’activités. Y compris avec notre père qui s’était remis en couple: nous étions tellement heureuses pour lui!

(Sur)vivre pour l’autre

Il y a 16 ans, nouveau coup de massue. 3 mois après le décès de notre père, notre frère est décédé. Un an plus tard, c’était ma sœur… également d’un cancer des ovaires. Je pense n’avoir jamais autant pleuré de ma vie. Voir ma sœur partir à son tour, c’était insupportable. Je m’étais installée chez elle pour pouvoir m’occuper d’elle, jusqu’au bout. Quand il s’est avéré que je n’étais pas porteuse du gène qui lui avait valu de développer ce cancer, elle m’a dit : ‘Je t’en supplie, il va falloir que tu vives pour deux’.

Je m’y suis efforcée, depuis des années maintenant... Je ne suis pas à plaindre, pourtant: j’ai la santé, je suis heureuse en mariage, j’ai des amis formidables. Mais je n’ai plus personne de mon sang. Personne avec qui évoquer le passé. Personne en qui je pourrais reconnaître des traits de famille. Et ça, c’est dur.

Heureusement, je suis quelqu’un de positif et j’ai beaucoup de gratitude pour mes 15 années de jeunesse insouciantes, pour ma sœur en or et mon père chéri. D’ailleurs, je vois encore souvent la femme qui partageait sa vie, ainsi que mon beau-frère. Je me sens bénie, mais mon cœur est rempli de cicatrices. »

Auteur: Lydia van der Weide

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