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À la découverte de Vienne, la petite Rome française

A vingt kilomètres à peine au sud de Lyon, la ville de Vienne cache un véritable trésor dans ses rues et ses sous-sols: l’une des plus importantes villes antiques de Gaule. Un patrimoine riche et trop méconnu, à découvrir lors d’une halte sur la route des vacances!

C’est typiquement le genre de petite ville croisée sur le chemin des vacances, dans laquelle on ne s’arrêterait pas instinctivement. Point de passage obligé entre Lyon et la Provence, que ce soit via l’autoroute A7 ou la mythique Nationale 7, Vienne ne paie pas de mine, vue de la route. Bordée par les voies rapides, coincée sur la rive gauche du Rhône et agrippée à flanc de vallée, on a vite fait de la dépasser en voiture, sans plus y penser.

Et pourtant... Il suffit de prendre le temps de la découvrir pour être durablement charmé. La Dame cache bien son jeu, et mériterait d’être aussi connue que Nîmes, Arles ou Orange. C’est que, là où se dresse actuellement une petite ville de 30.000 habitants, existait autrefois l’une des plus grandes cités antiques des Gaules, Vienna, débordant de beaucoup les limites de l’actuelle municipalité.

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Des vestiges en veux-tu, en voilà

Difficile de savoir jusqu’où s’étendaient les faubourgs de la ville gallo-romaine – des découvertes sont encore régulièrement faites en périphérie lors de chantiers de construction – mais les murailles urbaines donnent déjà un aperçu du gigantisme de la Vienne d’alors. Englobant un espace de 250 hectares, elles ne mesuraient pas moins de 7km, soit une des plus longues fortifications de cette époque en France. Il faut dire que la position géographique de la cité, sur le Rhône, seule voie facilement praticable entre les Alpes et le Massif Central, en faisait une plaque tournante du commerce romain, le point de passage presque obligé des marchandises en provenance ou à destination des Gaules.

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De cet âge d’or, la ville a conservé plusieurs monuments, au premier rang desquels l’impressionnant temple d’Auguste et de Livie qui, avec la Maison Carrée de Nîmes, est l’un des deux seuls exemplaires français de temple romain encore debout et globalement intacts (voir encadré). La légende veut que Thomas Jefferson, troisième président des Etats-Unis, trouva le bâtiment si racé qu’il s’en inspira pour la construction du Capitole, à Washington. Un peu plus haut dans la vieille ville, se trouvent le mur de l’ancien forum, dont il subsiste quelques belles arches, et le théâtre antique. Capable, du temps de sa splendeur, d’accueillir plus de 13.000 spectateurs, ce dernier est encore employé aujourd’hui. Il accueille ainsi chaque été le festival international « Jazz à Vienne » qui, depuis sa création en 1981, a vu passer la plupart des grandes pointures de l’univers jazzy, de Miles Davis à James Brown. Chose rare et signe de son importance, Vienna possédait également un cirque, dédié aux courses de chars, dont il ne subsiste aujourd’hui qu’une colonne en forme de pyramide, seul monument antique égyptisant conservé en France.

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Mais sans trop de surprise, c’est sous terre qu’ont été trouvés la plupart des chefs-d’oeuvre aujourd’hui visibles dans la ville et ses environs. « À Vienne, c’est bien simple, vous creusez un trou avec une pelle n’importe où, vous tombez sur des vestiges... », confirme Olivier Sanejouand, directeur de l’office du tourisme local. Pour s’en rendre compte, il suffit de pousser les portes de l’ancienne église Saint-Pierre, devenu musée archéologique. Le bâtiment en lui-même mérite le coup d’oeil, puisque le vénérable édifice, bâti au Ve siècle, affiche beaucoup de matériaux romains de remploi. Mais il contient surtout une quantité invraisemblable de statues, fragments sculptés et mosaïques, disposés dans un joyeux capharnaüm. Un musée à l’ancienne, riche d’une solide atmosphère aux relents de caverne aux trésors, mais peut-être un peu avare en explications.

Bigoterie salvatrice

Si le temple d’Auguste et Livie a été si bien conservé, c’est en grande partie parce qu’il a très tôt été transformé en église, dès le VIe siècle, sacralisant les lieux et empêchant le démantèlement du bâtiment. Mais ce n’est pas le seul monument antique à avoir été sauvé pour des raisons religieuses : la colonne en forme de pyramide du cirque gallo-romain a bénéficié d’une légende selon laquelle il s’agissait du tombeau de Ponce Pilate, soi-disant exilé à Vienne après la crucifixion de Jésus. Rien n’est moins vrai, bien sûr, mais cela a permis la préservation du bâtiment à travers les siècles... Aujourd’hui, tout au plus y trouve-t-on quelques trous, creusés par des chercheurs de trésors funéraires. Rentrés bredouille, cela va de soi.

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D’une rive à l’autre

Pour mieux saisir la réalité de la Vienne Romaine, il faut traverser le Rhône et gagner le site archéologique de Saint-Germain-en-Gal. Celui-ci ne fut découvert dans les années 60, lors de la construction d’un lycée : on pensait jusque-là que Vienna ne s’étendait que sur la rive gauche du Rhône ! Dans l’Antiquité, la rive droite était pourtant occupée par de luxueuses demeures, voisinant avec de petites échoppes, des thermes, des entrepôts et des ateliers d’artisans. Chez les Romains, les quartiers véritablement cossus n’existaient pas, toutes les activités urbaines s’interpénétraient.

Le site, fort bien aménagé, permet aujourd’hui de parcourir le lacis des ruelles antiques, bordées de ruines mises en valeur, ou de découvrir certains projets d’archéologie expérimentale, reproduisant les gestes d’autrefois : four à verre ou à poteries, vignes... Le musée adjacent, lui, abrite notamment de nombreuses peintures murales ou mosaïques, souvent d’une exquise finesse. La mosaïque du Châtiment de Lycurgue (IIe siècle) mériterait presque à elle seule le déplacement, avec sa profusion de détails admirablement exécutés.

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... jusqu’à aujourd’hui

L’âge d’or de Vienna n’aura toutefois qu’un temps : dès le IIIesiècle, la ville amorce son déclin et se contracte dans un espace réduit, sur la rive gauche du Rhône. Vienne n’en garde pas moins une certaine importance durant tout le Moyen-Âge : berceau de plusieurs papes et de querelles papales, elle abritera plusieurs conciles dont l’un, organisé à la demande du roi Philippe Le Bel, entérinera la dissolution de l’ordre des templiers. De cette époque, on retiendra surtout la cathédrale Saint-Maurice et l’ancienne Abbaye de Saint-André-le-Bas, dont il subsiste un très joli cloître roman.

Et aujourd’hui ? Rattachée au département de l’Isère, la ville continue, malgré la concurrence de la métropole lyonnaise toute proche, à afficher vaille que vaille son dynamisme. Elle peut heureusement compter sur quelques bonnes adresses de bouche et sur les dives bouteilles produites au sud de son territoire, des crus considérés faisant partie des plus belles appellations de France. Jugez plutôt : c’est de là que proviennent Condrieu, Côte-Rôtie, Saint-Joseph ou encore Crozes-Hermitage. Envie d’en savoir plus ? On vous en parle bientôt dans le magazine, promis !

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En pratique

Y aller :

  • En voiture : comme dit précédemment, si vous avez pour projet de passer vos vacances en Provence, vous passerez forcément à proximité de la ville, que ce soit via l’Autoroute du Soleil (A7) ou la Nationale 7. Après l’épreuve du tunnel de Fourvière, voici une halte-récompense toute indiquée !
  • En train : en ce qui concerne les transports en commun, Vienne a l’avantage de bénéficier de la proximité de Lyon. Il est aisé de rejoindre cette dernière depuis Bruxelles en TGV (comptez 4 heures), avant de prendre un expresse régional (TER) à destination de Vienne.

Plus d’infos : Isère Attractivité Tourisme :isere-tourisme.com

Vienne Condrieu Tourisme : www.vienne-condrieu.com

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