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Comment soigner un hallux valgus

L’hallux valgus peut fortement handicaper la vie au quotidien. Si certains traitements permettent de freiner son évolution, une opération s’avère souvent nécessaire.

L’hallux (gros orteil) valgus (dévié vers l’extérieur) désigne une déviation du premier métatarse vers le côté interne du pied, tandis que les phalanges du gros orteil sont déportées vers les autres orteils.  » Cette déviation crée un angle au niveau de l’articulation métatarso-phalangienne, visible sous forme de boule et vulgairement appelée oignon, précise le Dr Figiel, spécialiste en chirurgie orthopédique et traumatologie au CHR de La Citadelle à Liège. Certaines formes d’hallux valgus demeurent très stables dans le temps, tandis que d’autres peuvent évoluer rapidement. « 

L’angle métatarso-phalangien devient pathologique au-dessus de 15 °.  » Un angle inférieur à 20 ° correspond à un hallux valgus léger« . Entre 20 ° et 40 °, on parle de forme modérée. Une déviation supérieure à 40 ° signale une forme sévère d’hallux valgus. « 

Les pathologies associées

 » La déformation de l’avant-pied peut provoquer un conflit de chaussage entre le gros orteil et son voisin qui, à force d’être poussé, finit par passer au-dessus du gros orteil et se mettre en griffe, analyse le Dr Figiel. Par ailleurs, l’oignon est souvent rouge, douloureux et sensible au frottement contre la chaussure. « 

Les métatarsalgies sont fréquemment associées à l’hallux valgus.  » Ces douleurs plantaires situées sous les métatarses sont dues au fait que le gros orteil ne peut plus remplir son rôle de point d’appui principal lors de la marche, ce qui entraîne un transfert de charge sur les autres rayons du pied qui ne sont pas équipés pour cela. «  Pour la même raison, des durillons épais peuvent survenir sur la plante des pieds.

Il arrive que l’hallux valgus s’accompagne d’inflammation.  » L’inflammation peut être entretenue par le conflit au chaussage et la déformation. Elle peut aussi être liée à l’arthrose sur la première articulation métatarso-phalangienne, résultat de contraintes mécaniques anormales. « 

Qui est à risque ?

Parfois héréditaire, l’hallux valgus touche un peu plus de 5% de la population, dont les femmes en majorité. Parmi les facteurs prédisposants, on trouve le pied plat et le pied égyptien (gros orteil plus long que le deuxième) :  » Ces deux types de pied reportent des contraintes mécaniques trop importantes sur le gros orteil « , commente l’orthopédiste.

Le type de chaussure est souvent incriminé.  » Une chaussure à talon aiguille et bout pointu provoque un glissement du pied vers l’avant et une pression sur l’avant-pied. «  Selon certains spécialistes, l’excès pondéral, le vieillissement articulaire, l’activité debout, les changements hormonaux liés à la ménopause pourraient favoriser la survenue d’un hallux valgus.  » Dans la forme familiale, l’hallux valgus apparaît plus tôt. À l’inverse, il survient à un âge plus avancé quand il est lié à des facteurs environnementaux. «  Heureusement, l’hallux valgus ne touche pas nécessairement les deux pieds.  » Si les deux pieds portent la déformation, un côté est souvent plus atteint que l’autre. « 

Adepte des talons vertigineux, Meghan Markle a été opérée d'un Hallux Valgus.
Adepte des talons vertigineux, Meghan Markle a été opérée d’un Hallux Valgus.© BELGAIMAGE

Les traitements non chirurgicaux

Étant donné le caractère évolutif de l’hallux valgus, il est important de consulter un spécialiste (orthopédiste, physiothérapeute, rhumatologue) lorsqu’apparaît une déformation ou une douleur au pied.  » L’hallux valgus n’est pas traité pour des raisons esthétiques, mais pour améliorer la qualité de vie, analyse le Dr Figiel. Le traitement consiste à soulager la douleur, ralentir l’évolution de la déformation et aider à se chausser plus facilement tout en tenant compte des attentes du patient : souhaite-il simplement marcher ou également courir ? Travaille-t-il ou est-il pensionné ? Etc. « .

  • Les chaussures :  » Choisir des chaussures bien adaptées peut parfois suffire pour ralentir la progression de l’hallux valgus et le rendre indolore. Les talons hauts, trop fins ou trop plats sont à proscrire. La chaussure doit être souple et bien large à l’avant. «  Pour les pieds plats, le port de semelles aide à ralentir l’évolution de la déformation et soulage les douleurs plantaires.
  • Les infiltrations : » Elles sont indiquées lorsque l’hallux valgus est léger et l’articulation douloureuse. « 
  • Les orthèses et attelles :  » Les attelles nocturnes seraient intéressantes chez les enfants et les jeunes adolescents pour tenter de redresser l’orteil pendant la croissance. Par contre, chez l’adulte, si une attelle ou une orthèse peut soulager la douleur durant le sommeil et faciliter le chaussage en maintenant le gros orteil le plus droit possible, elle ne le redressera jamais. L’orthèse n’est par ailleurs pas toujours bien tolérée car la pression qu’elle exerce sur le gros orteil peut le rendre encore plus douloureux et sensible. « 
  • La kiné : » Des séances de kiné peuvent renforcer certains muscles, en assouplir d’autres et diminuer les contraintes favorisant la déformation. « 

L’opération chirurgicale

Si les traitements non-chirurgicaux s’avèrent inefficaces, une opération chirurgicale sera envisagée afin d’effectuer un réalignement osseux.  » Le chirurgien réalise une découpe osseuse (ostéostomie) au niveau du métatarse et de la phalange. Les coupes osseuses sont ensuite fixées, souvent au moyen de petites vis. Certains tissus mous (tendons, ligaments, etc.) sont par ailleurs libérés, tandis que d’autres sont retendus. L’opération dure environ une heure et est réalisée sous anesthésie générale ou loco-régionale, selon les cas. « 

Deux grands types de chirurgies sont pratiqués : la chirurgie ouverte, qui est la plus courante chez nous.  » Elle inclut différentes techniques de coupes osseuses qui visent toutes à remettre la tête du métatarse au bon endroit. «  La chirurgie percutanée, elle, permet de réaliser les coupes osseuses à travers de petites incisions pratiquées dans la peau.

S’il est possible d’opérer les deux pieds en même temps, il est aussi souvent proposé d’intervenir sur un pied à la fois.  » C’est une décision à prendre avec le patient, en tenant compte de ses attentes, de ses plaintes et du geste chirurgical envisagé. « 

La convalescence

On peut marcher dès le lendemain de l’opération, voire le jour même, avec une chaussure post-opératoire destinée à décharger l’avant du pied des contraintes mécaniques.  » Un pansement maintient l’orteil droit pendant deux semaines, soit le temps le plus important de la cicatrisation. Une fois celui-ci enlevé, des séances de kiné aident à retrouver une bonne mobilité au niveau des articulations. « 

Des chaussures confortables de type baskets, avec une bonne semelle amortissante et des lacets peuvent être portées au bout de six semaines. Il faut souvent attendre trois à quatre mois pour passer à une chaussure plus classique. Le port de semelles est souvent recommandé pour éviter le risque de récidive.

 » Les patients se disent souvent très contents après l’opération, témoigne l’orthopédiste. Une période de six mois à un an peut être nécessaire pour voir le résultat final. C’est pourquoi il est recommandé de choisir le moment le plus approprié pour se faire opérer. « 

Heu... Les talons hauts serontils à nouveau permis ?  » Un an après l’opération, la patiente pourra en porter, mais de manière très très occasionnelle, afin de ne pas favoriser de récidive. « 

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