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La ménopause expliquée à mon patron

La ménopause et son cortège de désagréments ne se mettent pas en mode « pause » au travail. Mais vos collègues, et surtout votre patron, savent-ils vraiment ce que représente cette phase sensible?

6h30. Après une nuit perturbée par des sueurs nocturnes et des bouffées de chaleur, le réveil sonne. Epuisée, vous vous traînez au boulot pour présenter un projet important. Vingt paires d’yeux sont braquée sur vous et vous avez l’impression de transpirer par tous les pores. Cerise sur le gâteau, il semble y avoir une erreur dans votre powerpoint. Un zéro de trop dans le calcul d’un prix. Votre patron vient vous trouver juste après. Vous sortez de vos gonds et lui lancez qu’il aurait pu vérifier les chiffres.

Voilà à quoi peut ressembler une journée de travail dans la vie d’une femme bousculée par la ménopause. Elle, accablée par les symptômes de sa ménopause, son patron, ignorant tout de ses problèmes. « La périménopause, période juste avant la ménopause, se caractérise par des variations hormonales, précise Lode Godderis, médecin du travail. Cela s’accompagne de symptômes physiques, comme les bouffées de chaleur, les sueurs nocturnes, les troubles du sommeil qui engendrent de la fatigue en journée, elle-même sapant l’efficacité et la concentration au travail. A cela s’ajoute de l’irritabilité, ce qui n’arrange pas non plus les relations avec les collègues et la hiérarchie. »

Peu de recherches ont été menées sur l’impact des symptômes de la ménopause sur l’efficacité au travail.

PIRE QU’UN « MAUVAIS JOUR »

Lode Godderis est professeur de médecine du travail à la KU Leuven et CEO du Groep IDEWE, un service externe de prévention et de protection au travail. « En médecinedu travail, la ménopause est un sujet encore assez récent. Peu de recherches ont été menées sur l’impact que peuvent avoir les symptômes sur l’efficacité au boulot. » Mais le Dr Goderis est convaincue qu’il ne se limite pas à « une mauvaise journée par-ci, par-là ».

« D’après les rares recherches menées autour de la ménopause au travail, il apparaît que les femmes qui en souffrent de manière importante sont régulièrement en congé maladie. Mais les chiffres globaux des congés maladie montrent que les femmes à partir de 45 ans, l’âge moyen du début de la périménopause, sont plus souvent absentes sur de longues périodes pour cause de problèmes psychiques. Aucun lien avec la ménopause n’a encore été démontré, mais il serait intéressant d’approfondir la question. »

Ce qui aide au travail

« Il est très important d’éviter le stress qui accentue les désagréments liés à la ménopause », met en garde Leen Steyaert, consultante spécialisée.

Une façon d’éviter le stress est de mieux répartir son temps de travail. « Souvent, on profite de sa journée au bureau pour régler en vitesse des affaires privées: réception de colis, coup de fil... Essayez de consacrer vos heures de travail uniquement au professionnel, vous gagnerez en concentration.

« Voyez avec votre patron si vous pouvez bénéficier d’horaires flexibles, pour pouvoir (temporairement) venir travailler une heure plus tard.

« Faire régulièrement une pause est primordial. L’époque où on travaillait 8 h non-stop est révolue. A midi, prenez 60 à 90 minutes de pause, le temps de manger et faire une balade.

« Pensez à votre hygiène de vie : mangez sainement, faites de l’exercice, ne vous couchez pas trop tard... Certains aliments sont à éviter pour limiter les bouffées de chaleur: gare au sucre, au café et à l’alcool!

« Si vous avez régulièrement des bouffées de chaleur, adaptez vos vêtements : deux ou trois fines couches valent mieux qu’une épaisse. »

BURN-OUT OU MÉNOPAUSE?

Sofie Vanham, conseillère d’orientation chez Passion for Work s’est penchée sur la question. « Il est frappant de voir que les femmes autour de la cinquantaine qui viennent nous voir disent souvent ne plus se sentir bien dans leur travail et se mettent à douter. Elles n’ont plus la même motivation, mais elles ignorent pourquoi. Quand je les interroge, elles avouent ressentir une perte d’énergie, y compris dans leur vie privée. On pense alors à un burn-out. Mais je demande toujours aux femmes de cet âge de me dire comment se passe leur ménopause. Au début, ça les effraie. Puis je leur explique que la ménopause, comme la puberté, peut provoquer de fortes variations hormonales, et que cela explique bien des choses. Je leur conseille de consulter leur généraliste ou leur gynécologue. S’il s’avère qu’elles sont effectivement en (péri)ménopause, c’est plutôt un soulagement pour elles. Le problème n’est pas juste lié à leur emploi, à leurs collègues ou à leur hiérarchie, mais aussi à ce qui se passe dans leur corps. »

IGNORANCE

Passé 50 ans, de plus en plus de femmes travaillent encore et les deux tiers d’entre elles se plaignent de problèmes liés à la ménopause: il est grand temps que le monde professionnel prenne cette donnée en compte. Les études menées sur le sujet montrent que les entreprises ouvertes à ce problème peuvent s’en féliciter: en effet, cette prise en compte a un impact positif énorme sur la façon dont les femmes se sentent et traversent cette période. « Des études menées au Royaume-Uni montrent qu’il suffit de quelques petites interventions sur le lieu de travail, assure Lode Godderis. Par exemple, contre les bouffées de chaleur, installer l’air conditionné ou mettre un ventilateur à disposition. Mais aussi proposer des horaires flexibles ou accorder suffisamment de souplesse pour que celles qui ont mal dormi commencent leur journée un peu plus tard. »

L’employeur doit créer une culture qui libère la parole sur les problèmes liés à la ménopause.

Cependant, la mesure numéro un passe par une meilleure information. « Les entreprises investissent pour alléger la charge de travail, elles offrent des stages de formation ou travaillent autour de la résilience. Tout cela peut aider les femmes qui traversent la ménopause, mais il est important de mettre des mots dessus, estime le Dr Goderis. Les employées se plaignent de désagréments? C’est à l’employeur de mettre en place une culture qui libère la parole, afin que les collègues trouvent normal de partager leurs expériences, leurs conseils et leurs soucis. »

D’autant plus que les femmes elles-mêmes ne savent pas toujours ce qui ne va pas. Elles se sentent fatiguées, « à plat » et restent chez elles avec un mal-être qui pourrait s’expliquer de manière biologique, et donc être pris en charge. Sofie Vanham craint que cette ignorance ait un impact plus grand dans certains secteurs que dans d’autres. « Pensez aux aides ménagères. On pourrait leur proposer de passer à mi-temps plus rapidement si elles souffrent de symptômes physiques liés à la ménopause. Les patrons se disent un peu vite: si elle est si fatiguée, il faut la licencier. Alors que ce sont peut-être les hormones qui sont en cause. »

Linda: « Les élèves se montrent très compréhensifs »

« Je suis institutrice et quand je sentais monter une bouffée de chaleur, j’allais me mettre à la fenêtre, le temps que ça aille mieux. Au début, j’essayais de le cacher, mais finalement ça ne faisait que compliquer et aggraver les choses. Dès que je leur en ai parlé ouvertement, mes élèves se sont montrés très compréhensifs. »

DES OPPORTUNITÉS...

Même si les troubles liés à la ménopause sont souvent transitoires ou peuvent être traités avec des médicaments, il est important que la femme, comme son employeur, se rende compte qu’elle aborde une autre phase de la vie. « C’est la fin de la fertilité, rappelle Lode Godderis. Souvent, les enfants quittent la maison, il y a donc des changements chez soi aussi. Cela influe sur la manière dont on se sent, dont on voit la vie. Ce peut être l’occasion de saisir de nouvelles opportunités, tant pour les employeurs que pour les femmes. Malheureusement, on investit de moins en moins dans les travailleurs de plus de 50 ans. Or, c’est en investissant davantage qu’on permettrait à ces femmes de trouver un deuxième souffle. Souvent, elles ont très envie de relever un nouveau défi mais ont besoin de soutien pour cela. »

A la ménopause, les femmes cherchent parfois à redonner du sens à leur vie, confirme Sofie Vanham, conseillère d’orientation. Et cela ne passe pas forcément par leur travail. « Rares sont celles qui changent de carrière à cet âge-là. La plupart cherchent plutôt une activité qui puisse leur redonner de l’énergie. Cela peut être un hobby ou du bénévolat. »

Véronique: « Au bureau, tout le monde est au courant  »

« Je suis artificiellement ménopausée suite à un traitement médical. Au travail, j’ai surtout des bouffées de chaleur, parfois très fortes. En hiver, cela va encore mais lors d’une canicule, je me passerais bien de cette chaleur supplémentaire! J’enlève évidemment tout ce qui est à manches longues, mais cela ne suffit pas. Il m’arrive de transpirer à grosses gouttes, mes lunettes glissent de mon nez, ça coule le long de mes joues et dans mon dos, comme si j’avais de la fièvre.

« Je garde toujours un mini-ventilateur dans mon sac. Sur mon bureau, j’en ai branché un à mon ordinateur portable sur une prise USB. Je l’emporte aux réunions. Boire de l’eau froide et me rafraîchir le visage aide aussi.

« Au travail, tout le monde est au courant. Plus personne ne s’étonne de me voir mettre et enlever mon gilet dix fois, ou allumer mon ventilateur. C’est surtout embêtant pour moi. Dès que j’ai une bouffée de chaleur, ça me déconcentre parce que je me demande chaque fois si ça va durer longtemps... »

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