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Pas d’heure d’été ou d’hiver, mais une heure dite « naturelle »

Les spécialistes du sommeil et les chronobiologistes préconisent un passage permanent à l’heure dite naturelle ou solaire. Pour notre pays, cela signifierait reculer de deux heures l’heure d’été. « Aujourd’hui, nous vivons en permanence avec une sorte de décalage horaire », explique le Dr Inge Declercq (UZ Antwerpen), neurologue et spécialiste du sommeil.

Avec un tel retour à l’heure solaire, nous renouons en fait avec la façon dont nos ancêtres ont vécu au rythme de leur horloge biologique pendant des siècles. « Jusqu’à la fin du 19e siècle, notre heure officielle (fuseau horaire du pays) était parallèle à l’heure naturelle (aussi appelée UTC ou heure solaire moyenne de Greenwich), le soleil atteignant son point culminant vers midi. C’est un élément crucial pour notre santé. Presque tous les processus corporels sont synchronisés sous l’influence de la lumière du soleil. Lorsque l’heure de notre horloge biologique et l’heure officielle du pays dans lequel on vit commencent à s’écarter trop fortement de cette heure solaire, comme c’est souvent le cas pendant l’été, ces processus sont gravement perturbés. C’est comme si on était en décalage horaire permanent dans le mauvais fuseau horaire. Un tel décalage entre l’heure circadienne et l’heure réelle peut avoir des conséquences majeures sur la santé au fil du temps. Des études ont montré qu’il augmente le risque de cancers, de problèmes cardiaques, d’obésité, de maladies métaboliques, de troubles du sommeil et de dépression ».

Changements dans le système horaire

L’introduction de différents fuseaux horaires artificiels dans le monde remonte à la fin du 19e siècle. Dans chacun de ces fuseaux horaires, l’écart entre l’heure officielle et l’heure solaire était au maximum d’une demi-heure. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les États d’Europe occidentale, comme notre pays, ont été contraints par Hitler de passer à l’heure dite d’Europe centrale. Un changement qui n’a jamais été annulé par la suite. Pendant les crises énergétiques des années 1970 et 1980, notre système horaire a de nouveau été altéré. C’est alors qu’est apparu le concept de passage à l’heure d’été, dans le but principal de bénéficier de la lumière du jour plus tard dans la journée. Depuis lors, nous nous trouvons dans une situation où nous sommes en permanence en décalage d’une heure (pendant l’heure d’hiver) ou de deux heures par rapport à notre heure solaire naturelle.

L’Europe divisée en fuseaux horaires

L’European Working Group on Natural Time, dont le Dr Inge Declercq est le porte-parole pour notre pays, a élaboré une solution pratique pour mettre fin à ce décalage malsain. Il s’agit de diviser le continent européen en cinq fuseaux horaires, du Portugal à Moscou. Notre pays, les Pays-Bas, la France, le Royaume-Uni et l’Espagne forment ainsi le fuseau horaire de l’Europe occidentale, qui correspond à l’actuel fuseau horaire du Royaume-Uni. Cela revient à reculer notre « heure d’hiver » d’une heure.

« Nous préconisons une introduction progressive, en supprimant d’abord l’heure d’été, puis en avançant l’heure d’une heure l’année suivante. Diviser l’Europe géographiquement en plusieurs fuseaux horaires semble être difficile, mais c’est en fait le cas depuis longtemps dans de vastes pays comme les États-Unis ou la Russie, au sein desquels les différents fuseaux horaires existent également sans réel problème. En outre, outre les effets sur la santé déjà mentionnés, cette mesure a également un impact positif sur le climat et l’environnement, car ce changement sera neutre sur le plan énergétique ou permettra même d’économiser de l’énergie et de réduire la pollution atmosphérique. C’est aussi un plus pour la sécurité et pour l’économie. Des études ont montré que le manque de sommeil que nous subissons pendant l’été entraîne une baisse des revenus de quelque 5%, tandis que le PIB chute également pendant cette période. Autant d’arguments qui montrent que nous ferions mieux de recommencer à vivre au rythme du soleil. »

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