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Tous les check-up en une journée!

Julie Luong

En février, le CHR de la Citadelle à Liège ouvre une consultation pour toutes les personnes désireuses de « bien vieillir ». En une journée, un bilan complet tourné vers la prévention sera réalisé par une équipe pluridisciplinaire. De quoi aborder avec sérénité les années à venir.

Rester jeune: cette obsession contemporaine se décline souvent à coups de crèmes antirides, botox et autres interventions esthétiques. Pourtant, le vieillissement ne concerne pas que l’apparence: c’est un processus physiologique qui nous touche tous mais pas au même rythme ni de la même manière. Le vieillissement physiologique ne se déroule d’ailleurs pas nécessairement de façon parallèle à l’âge chronologique! A 65 ans, certaines personnes demeurent plus résistantes que des personnes de 55 ans. Pas nécessairement à cause de l’absence de maladies, mais souvent parce qu’elles ont une meilleure alimentation, une pratique plus régulière d’une activité physique, des contacts sociaux plus riches, un meilleur sommeil ou un meilleur moral. Le vieillissement physiologique concerne en réalité la diminution des réserves fonctionnelles au niveau des différents systèmes physiologiques, susceptibles d’entraîner un état de vulnérabilité voire de fragilité. Cet état de vulnérabilité peut être défini comme un équilibre précaire que peut rompre un stress, même mineur.

Après cette journée d’examens, on reçoit toute une série de conseils santé personnalisés.

Ce constat a amené le Dr Jean-Philippe David à ouvrir, il y a une dizaine d’années, une consultation « vieillir avec succès » au sein de l’hôpital Henri Mondor, en région parisienne, qui propose un bilan pluridisciplinaire tourné vers la prévention. Une initiative qui a inspiré le Dr Emmanuelle Warzée, gériatre au CHR de la Citadelle à Liège, qui a décidé de mettre sur pied une consultation similaire.

« Le dernier rapport de l’IWEPS (Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique) insiste sur l’importance de la prévention concernant le vieillissement » , rappelle la gériatre. Si l’espérance de vie a considérablement augmenté au cours des dernières décennies, force est en effet de constater que l’espérance de vie en bonne santé, elle, stagne autour de 63-64 ans. « La génération des 55-60 ans a vu ses parents vieillir et a envie de vivre le meilleur type de vieillissement possible. Ces personnes commencent à chercher des manières de prévoir leur vieillissement. Même si tout le monde n’a pas la même conception d’un vieillissement réussi – c’est à fois une question de valeurs, de vision du monde, de caractère, d’histoire personnelle – on pourrait le résumer de la manière suivante: l’autonomie, un statut cognitif préservé et un tissu social présent. »

UNE CONSULTATION ORIENTÉE SOLUTIONS

Sur base volontaire, les patients à partir de 55 ans pourront dès février s’inscrire à cette nouvelle consultation dont le but est de rassembler, en une journée, tous les examens utiles. « La personne est invitée à remplir des échelles d’auto-évaluation avant la consultation. Ensuite, elle vient ici et voit un kiné, des médecins, une diététicienne, une psychologue... On réalise par ailleurs une série d’examens comme une prise de sang, une radio des poumons, un bilan auditif, ophtalmologique, impédancemétrique, etc . » Plus besoin, dès lors, de multipler les prises de rendez-vous et de courir d’un cabinet de consultation à l’autre! « C’est intéressant, d’autant que la plupart des gens amenés à nous consulter travaillent encore » , précise le Dr Emmanuelle Warzée. Après cette journée d’examens, on est invité à revenir pour prendre connaissance des résultats et recevoir une série de conseils personnalisés, qu’il s’agisse d’examens complémentaires à réaliser, d’ordonnances à revoir, de nouvelles habitudes alimentaires à adopter ou d’un programme d’exercice physique sur-mesure.

« C’est important de se rendre compte qu’on peut agir en changeant simplement des choses au niveau de son mode de vie. Souvent, on est persuadé de bien faire alors qu’on est dans l’erreur. On commet des erreurs diététiques, par exemple, alors qu’on pense manger équilibré. Parfois, on pense être sportif parce qu’on joue au tennis une fois par semaine mais en oubliant qu’il faut aussi travailler l’équilibre, la force, l’endurance... Notre but, c’est vraiment de sortir des recommandations trop générales pour accompagner la personne vers ce qui lui convient . » La consultation pionnière mise en place à l’hôpital Henri Mondor a montré que 60% des personnes qui consultaient présentaient ainsi des altérations physiques et 22% des altérations cognitives légères comme une difficulté à s’organiser, un début de dépression, etc. Rien de grave... si on s’autorise à intervenir à ce stade!

MIEUX SE CONNAÎTRE

Ce bilan aidera donc chacun de mieux se connaître. « Par exemple, concernant le sommeil, il est important de savoir que l’avancée en âge perturbe les cycles de sommeil mais aussi que la prise de magnésium ou de certaines plantes peut aider. Il y a des choses simples qui peuvent être mises en place », insiste la gériatre. Il sera aussi l’occasion de briser certains cercles vicieux fréquemment observés.

« Par exemple, on constate que 25% des femmes souffrent d’incontinence urinaire, et en particulier d’une incontinence d’effort. Or, cela peut les amener à limiter l’exercice physique, entraînant des problèmes de perte musculaire et osseuse, et donc, par un effet boule de neige, un risque d’ostéoporose, de fractures, de chutes et de perte d’autonomie... » Un diagnostic d’incontinence urinaire – et la mise en place d’un traitement efficace – n’est pourtant pas difficile à établir: il suffit de poser la question... ce qui est rarement fait.

« Cela reste très tabou, d’autant que l’offre de protections en supermarché laisse penser que c’est normal et qu’il n’y a pas de solution! « De même, la question du sevrage tabagique pourra être abordée, toujours dans l’objectif d’encourager à mieux prévenir l’apparition de certaines pathologies liées au vieillissement. « En tant que gériatre, je travaille avec des personnes déjà fragilisées, avec parfois la frustration d’arriver un peu tard. En réalisant des bilans plus tôt, nous voudrions montrer aux personnes quelles sont leurs forces, sur quels points elles peuvent agir, les responsabiliser » , conclut la spécialiste. Un programme de solutions qui, sans nier le vieillissement, entend l’accompagner positivement.

Le Centre de Recherches du Cyclotron de l’Université de Liège recherche en permanence des volontaires motivés pour participer à diverses recherches dans le domaine des neurosciences. Les personnes intéressées peuvent obtenir plus d’informations au 0494 18 1762 ou par mail agitude@uliege.be

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