© GUY PUTTEMANS

Daniele Denisty, une mère supportrice : « Je stresse quand Nafi entre en piste ! »

Derrière la championne olympique Nafissatou Thiam, il y a un bien sûr un coach mais surtout une maman, Danièle Denisty, elle aussi grande athlète.

C’est sur le pas de sa maison, à Rhisnes (Namur), que nous accueille la quinquagénaire élancée qui a élevé, seule, ses quatre enfants. Danièle Denisty nous montre avec fierté les trophées de Nafi, reine de l’heptathlon, avant d’évoquer leur vie, leur passion commune...

Comment gérez-vous le fait d’être la maman d’une grande championne ?

Je suis très fière mais aussi inquiète, plus d’une déception que d’un mauvais résultat. A côté de mon temps plein de professeur de français à Bruxelles, je consacre une demi-journée par semaine à l’administration de Nafi. Je renvoie, par exemple, les demandes de sponsoring et de parrainage vers ses managers. On reçoit, chaque jour, au moins une demande de participation à un événement, à une bonne cause, au départ d’une compétition... Je gère les demandes d’autographes, les lettres de fans : je prépare les enveloppes avec timbres et Nafi n’a plus qu’à lire, signer la carte et/ou mettre un petit mot. On répond à tous les courriers. Bref, c’est moi qui me tape la paperasserie ! (rires)

C’était un jeu pour Nafi de battre mes records.

Assistez-vous à tous ses championnats ?

J’allais chaque fois aux championnats pour jeunes. Récemment, en août, je suis allée à Berlin (où Nafi a été sacrée championne d’Europe de l’heptathlon, ndlr) car c’est tout près et qu’on peut circuler dans le stade. Sinon, je regarde ici après m’être arraché les cheveux pour trouver la diffusion en streaming car l’athlétisme n’est pas systématiquement retransmis à la télé...

Dans quel état êtes-vous quand votre fille entre en piste ?

Je suis très mauvaise spectatrice car je m’énerve, je ne respire plus, c’est atroce ! Alors je marche, je sors des tribunes. Il m’est arrivé de payer ma place sans même regarder les épreuves tellement j’étais stressée ! Etant moi-même athlète, je sais que ça ne tient qu’à un fil.

Que ressent une mère en voyant son enfant sur la plus haute marche d’un podium ?

En général, je pleure car je suis hyper émotive ! Je suis contente car je sais que c’est une récompense dont on a besoin quand on trime. A la limite, les enfants que je trouve vraiment louables dans leur sport sont ceux qui s’entraînent pareil sans décrocher de récompense. Comme parent, ça doit être difficile de les motiver à persister. Le podium fait le boulot à ma place, c’est une force pour continuer pour Nafi et un gros soulagement pour moi... Mais elle sait qu’elle aura des déceptions.

Prête à l’épauler en cas de revers ?

Je serai évidemment là et son entraîneur, Roger Lespagnard, aussi. Je parlerai avec Nafi de ce qu’elle estime devoir travailler. Si dans les épreuves ça va, si elle obtient des points agréables, si elle bat des records personnels, je pense que ça lui est égal d’être 2e ou 3e sur le podium. Une défaite, on n’en meurt pas !

Daniele Denisty, une mère supportrice :

Comment a démarré l’aventure athlétique ?

Je voulais que mes enfants fassent un sport de leur choix – reliable en train du fait que je n’avais pas de voiture – et pour lequel ils étaient prêts à s’investir. Le sport, c’est l’apprentissage de la vie. A 7 ans, Nafi a choisi l’athlétisme de loisir au centre sportif de Jambes. Au lieu de l’attendre dans le froid en tribune, j’ai demandé à participer à l’entraînement. Ado, j’avais déjà pratiqué un peu d’athlétisme. Et c’est alors moi, à 36 ans, qui ai progressé très vite, qui m’y suis mise à fond et qui traînais Nafi et son frère Ibrahima à mes compétitions où des activités étaient organisées pour les petits. J’ai transmis le virus de la compétition à ma fille !

N’avez-vous jamais pensé à entraîner Nafi ?

Je l’ai fait avec d’autres entraîneurs quand elle était toute jeune mais j’ai arrêté à son adolescence, contrairement au papa Borlée qui me fascine à ce niveau-là. Les ados contestant un peu tout, j’ai voulu éviter les conflits. Pour moi, le sport vise à soulager et pas à faire perdurer les tensions ! J’ai trouvé plus sain de mettre l’entraînement dans d’autres mains, plus spécialisées, et c’est ainsi qu’on a choisi, en concertation, son coach Roger.

Etes-vous encore heptathlonienne ?

Je viens d’arrêter à cause de problèmes de dos mais j’ai du mal à quitter le stade... Je vais continuer l’athlétisme mais, à la place de l’hepta, je vais faire des lancers de poids car, comme ma fille, j’ai un bon bras. Il me reste 12 records de Belgique en épreuves multiples en extérieur et 6 en salle, en catégorie vétérans (plus de 35 ans, ndlr). J’ai été une fois championne du monde et plusieurs fois championne d’Europe chez les  » vieux « . (rires)

Votre fille essayera de battre vos records?

Oui, sauf que souvent les vrais grands athlètes ne continuent pas en vétérans, ils changent de sport mais pourquoi pas. Il fut un temps où c’était un jeu pour Nafi de battre mes records et elle m’a largement battue dans toutes les disciplines sauf au lancer du marteau. Logique, elle n’en a encore jamais lancé ! (rires)

Vous êtes-vous entraînées ensemble ?

Jusqu’il y a trois ans, je me joignais une fois par semaine au groupe qui s’entraîne avec Roger, à Liège. C’était surtout histoire de voir que Nafi allait bien, avait bonne mine, mangeait convenablement, car elle avait quitté la maison pour s’installer là. Cela dit, on pourrait envisager un entraînement de lancer de poids ensemble. Plus de courses en tout cas à cause de mon dos et puis je ne sais plus la suivre !

Au vu de vos performances, regrettez-vous d’avoir (re)commencé l’athlétisme si tard ?

Je pense qu’en Belgique, surtout côté francophone, le sport n’est pas assez bien encadré pour vraiment percer si les parents ne sont pas derrière. Leur rôle, c’est d’être là, de conduire leurs enfants, d’être sévères... Les miens ne s’intéressaient pas au sport. Je ne regrette rien mais j’aurais certainement obtenu plus jeune les résultats que j’ai atteints beaucoup plus tard, si mes parents m’avaient conduite au sport et suivie sur les pistes.

Daniele Denisty, une mère supportrice :
© P.G.

Vos élèves savent-ils qui vous êtes?

Certains le savent et viennent me féliciter après un titre de Nafi mais souvent ils ne connaissent pas trop l’athlétisme. Eux, c’est plus le foot. J’ai dû avoir deux garçons qui pratiquaient l’athlétisme en vingt-sept ans de carrière...

Vos autres enfants sont-ils aussi sportifs ?

Mon aînée a fait du badminton de loisir et mes deux fils pratiquent la boxe. L’aîné a arrêté les compétitions, l’autre n’en a jamais fait. Dieu merci, car même quand on gagne on revient toujours un peu détruit par les coups, ce qui ne me plaisait pas du tout !

Comment être la même maman avec tous ses enfants quand l’un est une  » star  » et demande plus d’investissement ?

Parfois ça doit être difficile à comprendre pour les enfants mais pour moi c’est clair : on n’aime jamais ses enfants de la même façon mais on les aime autant. C’est sûr que j’ai effectué plus de trajets pour Nafi qui était prête à faire des sacrifices pour l’entraînement mais j’aurais fait pareil pour les trois autres. Peut-être qu’ils ont pu penser que je passais plus de temps avec elle mais à chaque fois que je demandais à la tribu qui était le préféré de la famille, je ne recevais jamais le même prénom. Donc, j’étais dans le bon, dans l’équité ! Maintenant, ils sont soudés et tous derrière Nafi.

Vous êtes du coup aussi sous le feu des projecteurs. Votre vie a-t-elle changé ?

Dans le village, les gens s’arrêtent pour faire la causette après une victoire, des enfants viennent offrir un dessin, ma voisine des pots de confiture pour Nafi, parfois certains viennent sonner pour faire une photo quand elle est là. Nafi est notamment retournée dans son école primaire pour saluer les enfants. Il y a une chouette ambiance à Rhisnes!

BIO EXPRESS

1966 : Naissance à Uccle

1989 : Naissance de son fils Issa-Mandela

1991 : Naissance de sa fille Fama

Depuis 1992 : Enseignante secondaire à Bruxelles

1994 : Naissance de sa fille Nafi

1995 : Naissance de son fils Ibrahima

1998 : Quitte Bruxelles pour Rhisnes

2002 : Se remet à l’athlétisme

2008 : Championne du monde de pentathlon en vétérans

2014 : Double championne d’Europe de pentathlon et heptathlon en vétérans

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