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Ecoutez votre colère pour mieux la comprendre... et l’exprimer

Sophie Mercier Conseillère conjugale et familiale

Vos émotions ont toujours un message à délivrer. Quel message se cache derrière la colère ? Et comment l’exprimer en mots plutôt qu’en maux ?

Fureur, hostilité, exaspération, indignation, courroux, tracas, animosité, mécontentement, irritabilité, ressentiment... La colère ne s’exprime pas toujours à l’extrême avec haine et violence. Elle peut aussi s’infiltrer en nous à pas feutrés, en cherchant une voie d’expression autre que les cris et les destructions. Ce qui est certain, c’est qu’elle cherche à nous dire quelque chose et que, souvent, on ne l’entend pas. On la subit, on la nie... Pourtant, nos émotions existent pour nous indiquer une chose que nous devons faire, penser, changer. Le mot émotion vient d’ailleurs du latin  » emovere  » et se traduit par  » mouvement « . La colère est donc une force qui naît dans notre corps suite à une information reçue et qui pousse à bouger.

QU’EXPRIME LA COLÈRE ?

La colère fait peur, elle fait du bruit. Elle est douloureuse. Pour nous et pour les autres. Pourtant, elle nous pousse à nous défendre, nous permet de poser les limites, et de faire respecter notre espace. Des chercheurs en neurosciences ont constaté que le sang afflue dans les mains lorsque nous nous énervons, ce qui permet de s’emparer plus vite d’une arme ou d’un outil pour se défendre : on a le sang qui bout. Sous l’emprise de la colère, le sang monte également au visage : on est rouge de colère. Le corps concentre donc toute son énergie dans la réactivité pour que nous soyons en mesure de nous défendre. La colère est donc bien une émotion qui nous permet de nous protéger.

EXPRIMER SA COLÈRE N’EST PAS ANODIN

La colère permet une libération d’adrénaline (qui donne un surcroît d’énergie) mais aussi une montée de cortisol (l’hormone de stress). Pour une minute de colère, il faut une heure de désintoxication chimique à notre corps. C’est donc une émotion toxique...

Dans certaines familles, environnements, cultures, les réactions impulsives et vives ne sont pas autorisées. Il arrive toutefois qu’elles s’expriment différemment, consciemment ou non. Dents et mâchoires serrées (mordre sur sa chique), difficultés digestives, foie endommagé (selon la médecine chinoise), insomnies, baisse d’estime de soi, dépression...

Le comportement issu de la colère peut donc nous détruire physiquement par ses effets toxiques et somatiques et psychologiquement par la création d’une mauvaise image de soi. Comme elle peut aussi mettre en danger nos relations, il faut être prudent et lui permettre de s’exprimer sans conséquence.

COMMENT L’EXPRIMER À BON ESCIENT ET SANS AGRESSIVITÉ ?

En traitant le message de la colère le plus tôt possible, nous pouvons diminuer notre agressivité et stopper le processus d’escalade. La colère nous montre le chemin, à nous de l’emprunter le mieux possible, sans entamer un combat destructeur pour nous et nos relations. La représentation que nous nous faisons d’une situation est déterminée par nos croyances, nos préjugés, notre éducation et tout ce que nous avons construit depuis notre venue au monde. Chacun a donc une réaction différente dans une même situation.

Cela signifie que nous pouvons changer notre regard sur une situation (Que s’est il passé vraiment ? Qu’ai-je ressenti ? ) qui ne nous convient pas (De quoi aurais-je eu besoin ? ).

La meilleure solution ? Expliquer, le plus calmement possible, ce qu’on ressent. Une meilleure connaissance de soi (pourquoi ai-je réagi violemment ? De quoi me suis-je senti menacé ? ) amène une meilleure communication avec l’autre. Le dialogue peut s’ouvrir, afin de comprendre ce dont chacun a besoin pour se sentir à sa juste place, respecté. Lorsque nous pouvons exister, et respecter notre espace, la colère n’a plus de raison d’être.

Si, malgré tout, on pique une violente colère, il faut essayer, dans la mesure du possible, de revenir au calme pour diminuer son stress et retrouver son équilibre chimique : balade, sport, méditation, relaxation, etc.

RÉAGIR FACE À LA COLÈRE DE L’AUTRE

Lorsqu’on subit la colère de l’autre, on se sent agressé. Il nous envoie un jet de haine, adopte une attitude effrayante ou prononce des paroles blessante... Résultat, nous nous mettons également en colère et la joute commence. Face à la colère d’un proche, la bonne réaction consiste à lui demander ce que nous pouvons faire pour qu’il se sente moins agressé, moins en danger. Si sa colère est trop forte, on lui demande d’abord d’essayer, dans la mesure du possible, de se calmer pour ensuite parler plus sereinement, de manière constructive.

UNE THÉRAPIE POUR BIEN GÉRER SA COLÈRE

Jérôme, 41 ans, a suivi une thérapie qui lui a permis de maîtriser sa colère.  » Petit, lorsque j’étais frustré, je n’arrivais pas à exprimer mes sentiments. Je sentais une douleur au fond de moi, j’explosais à chaque fois que je me sentais jugé injustement. On me disait colérique.

Adulte, dans mon couple, j’avais le sentiment d’être un monstre incompris, il y avait un décalage entre ce que j’avais au fond de moi et ce que j’arrivais à partager. Et puis, un jour, j’ai commis l’irréparable... J’étais dans une peur panique, ma femme me dévalorisait, me jugeait, me cassait, j’allais ne plus être aimé, abandonné, alors, je l’ai frappée... J’étais anéanti, j’avais tout détruit.

J’ai décidé de suivre une thérapie de groupe. Nous étions une dizaine, encadrés par deux ou trois thérapeutes et nous nous engagions pour 21 séances. Le cadre était très strict : deux heures par semaine, aucune absence non justifiée, confidentialité, respect, ni drogue ni alcool, pas de débordements... La thérapie a permis à chacun d’exprimer son malaise vis à vis de ses comportements mais aussi de reconnaître les situations à risque, d’identifier les moments clefs où on dérape. Nous faisions des exercices et des jeux de rôles dans le but de construire le mode d’emploi de notre propre colère.

Aujourd’hui, j’ai une meilleure image de moi. Je ne me sens plus menacé par ce que pensent les autres. Je ne me sens que rarement agressé et lorsque cela se produit, je m’efface, sans éprouver le besoin de me défendre verbalement, physiquement ou intérieurement de façon violente. Ma colère n’a plus besoin d’exploser, j’ai compris ce qu’il fallait adoucir en moi. « 

OUI, LA COLÈRE EST POSITIVE

La colère nous invite à nous aimer plus fort, à nous respecter plus. En l’acceptant, nous prenons conscience du message qu’elle véhicule :  » Reviens à l’essentiel pour toi, accordes-toi une juste place et beaucoup plus de paix ; aies une meilleure image de toi.  » Et cela rejaillira incontestablement au niveau de notre relation avec les autres.

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