Corroy-le-Chateau. © visit wallonia

Road trip en « Terra Curiosa », campagne wallonne anonyme

Et si, pour une fois, on se baladait en voiture? La campagne au croisement des provinces de Namur, du Hainaut et du Brabant wallon se prête admirablement à une escapade en auto.

Les autoroutes ont quelque chose de profondément triste. En reliant rapidement un point A à un point B, elles ont transformé les voyages en une longue langue de bitume, droite et monotone. En une succession de panoramas sans âme où alternent immanquablement broussailles et levées de terre. En pauses «pipi-sandwiche triangle» insipides. Mais ces voies express nous privent surtout de quantité de découvertes. Oh, pas nécessairement des destinations en soi… Plutôt des petits lieux charmants, qu’on aperçoit au détour d’un crochet et dans lesquels il fait bon s’arrêter, avant de reprendre la route.

Pour bien s’en rendre compte, le plus simple est encore de faire l’exercice. Mettez-vous au volant, avec votre copilote tenant ce magazine. Lire ou conduire, il faut choisir… Prenons au hasard la partie supérieure de la E411, à l’intersection des provinces du Brabant wallon et de Namur. Soit typiquement le tronçon qu’on traverse à grande vitesse pour se rendre dans les Ardennes ou à la capitale, sans jamais avoir songé à y faire une halte.

C’est qu’à moins d’être du coin, Gembloux et ses environs ne vous disent probablement pas grand-chose. Difficile même de visualiser les paysages. Ce ne sont ni les vallées encaissées de la Meuse, ni les forêts vallonnées d’Ardenne. Une campagne anonyme, tout simplement. À tel point que la Maison du tourisme locale vient tout récemment de changer son nom. De «Maison du Tourisme Sambre-Orneau», qui ne disait rien à personne, elle s’est renommée en «Terra Curiosa». Un choix étonnant, mais finalement pertinent: pour parcourir la région, il faut être un tantinet curieux, et laisser ses a priori au placard. Prendre le temps de la découverte. S’offrent alors au visiteur de bien jolies perles, disséminées sur tout le territoire.

Par ici la sortie!

Vous y êtes? Prenez la sortie 11 de l’autoroute. Direction Petit-Leez et sa ferme château du XVIIe siècle toute proche. Il s’y cache l’histoire d’un coup de cœur: celui d’un antiquaire bruxellois tombé amoureux de ce beau manoir de brique rouge et décidant de quitter la capitale pour s’y établir. Aujourd’hui occupé par sa fille, la ferme château de Petit-Leez abrite désormais un centre d’art contemporain, le bien nommé «Exit 11». Entre vieux saules têtards et étangs, dans un parc de 5 hectares, foisonnent des dizaines de sculptures d’art contemporain: chevaux de bronze galopant dans les prés, créatures fantasmagoriques, formes de pierre délicates et abstraites… apportent leur alchimie aux lieux, mêlant sculptures et installations modernes, nature et bâtiments anciens.

Le Centre d'art contemporain Exit 11.
Le Centre d’art contemporain Exit 11. © National

Le long de la chaussée romaine

La mise en bouche vous a mis en appétit? Maintenant que vous voilà rassuré, il est temps de vous avancer un peu plus dans la campagne. La matinée étant théoriquement déjà avancée, on vous propose d’aller casser la graine à la brasserie de Bertinchamps. Établie dans une vénérable ferme en carré, au bord de l’ancienne chaussée romaine Bavay-Tongres (dont on se demande si les actuels pavés ne remontent pas à cette époque… désolé pour vos amortisseurs!), Bertinchamps est un bel exemple du renouveau brassicole wallon, mêlant techniques modernes, terroir et mise en valeur des produits locaux. La brasserie est visitable et propose une table réputée, les vendredis et week-ends – les boulettes à la Bertinchamps triple y font paraît-il fureur. Pensez d’ailleurs à réserver au préalable… Après le repas, que diriez-vous d’une petite balade digestive, pour découvrir la belle campagne environnante? Plusieurs promenades existent au départ de la brasserie, dont une de 5 km… Juste ce qu’il faut pour se remettre en jambes!

Pause gourmande à la brasserie Bertinchamps.
Pause gourmande à la brasserie Bertinchamps. © frédéric raevens

Des musées, en veux-tu, en voilà!

La région compte quatre petits musées thématiques, parfois étonnants, confidentiels et «à l’ancienne», comme le musée de la typographie ou celui de la police/gendarmerie. Citons aussi le Ligny 1815 Museum, sur les lieux-mêmes de la dernière victoire de Napoléon, juste avant Waterloo, affichant quelques belles pièces et une mise en perspective intéressante, centrée sur le vécu des soldats et civils. Un bivouac et une reconstitution y seront organisés les 1er et 2 juin prochain. Enfin, avec sa scénographie moderne, l’Espace de l’Homme de Spy, à deux pas de la grotte préhistorique du même nom, revient sur les nombreuses découvertes faites à cet endroit, dont les reste d’un homme de Néanderthal célèbre dans le monde entier...

Chez M. le Marquis

Retour dans la voiture. N’hésitez pas à coller le nez au carreau (ou au pare-brise, si vous conduisez): le parcours se fait parfois bucolique et laisse apercevoir ci et là moulins, jolis villages (Bossière...), fermes fortifiées et châteaux (Sombreffe, Mielmont, Falnuée…). Plaisir des yeux avant tout, en passant: la plupart des bâtisses sont encore aujourd’hui privées et s’observent de loin, sur leurs promontoires ou derrière leurs grilles. Ce qui ne veut pas dire qu’il est toujours impossible d’en pousser la porte… C’est en tout cas envisageable à la forteresse de Corroy-le-Château, passée de branche en branche d’une même famille depuis le XIIIe siècle et toujours habitée par le marquis de Trazegnies. Le château féodal, probablement l’un des mieux conservés de Belgique, est ouvert aux visites de groupe toute l’année et, à la belle saison, les dimanches et jours fériés aux individuels (s’ajoutent les samedis en été). Difficile de faire contraste plus saisissant entre ses épaisses murailles, rescapées du Moyen-Âge, et son intérieur délicat où règnent marbres rares et marqueteries. Les 25 et 26 mai prochains, ses extérieurs abriteront par ailleurs une grande fête médiévale, replongeant les lieux dans le passé.

Le château de Mielmont, vu de la route.
Le château de Mielmont, vu de la route. © National

Ce qui compte, c’est le voyage

Si tout se passe comme prévu, l’après-midi est maintenant bien entamée. Impossible de tout voir en une journée, l’heure des choix a sonné… Reste donc à opter pour l’un des musées (lire encadré) ou l’une des deux grandes abbayes de la région. Celle de Gembloux, fondée au Xe siècle, affiche aujourd’hui des façades néoclassiques abritant la faculté «Gembloux Agro-Bio tech». Elle reste néanmoins visitable en groupe de minimum 10 personnes… Mais à tout prendre, on vous conseillerait plutôt de pousser jusqu’à la très belle abbaye de Floreffe, dominant la Sambre à l’ouest de Namur et visitable en solo, avec un petit guide papier vendu au Moulin-brasserie. Il ne vous restera alors plus qu’à vous poser autour du petit colombier récemment rénové, en contrebas, tandis que le jour se met à décliner. Certes, vous n’êtes probablement pas encore arrivé à destination. Mais on ose espérer que le voyage était beau. Au final, c’est ce qui compte, non?

L'abbaye et Floreffe domine la Sambre.
L’abbaye et Floreffe domine la Sambre. © National

Infos: www.terracuriosa.be, 081 62 69 66 ou Rue Sigebert 3 à 5030 Gembloux.

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