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L’insuffisance cardiaque mieux prise en charge

Julie Luong

L’insuffisance cardiaque est parfois surnommée «le cancer du cœur». Maladie chronique et évolutive, elle est en effet la première cause d’hospitalisation chez les 65 + et peut aussi toucher des sujets jeunes.

Fatigue, essoufflement, activités réduites, perte d’autonomie... Le terme d’insuffisance cardiaque reflète mal la réalité d’une maladie aux multiples conséquences. «L’insuffisance cardiaque est une maladie du cœur qui se définit par l’incapacité de cet organe à assurer correctement sa fonction de pompe. Elle se caractérise par des hospitalisations fréquentes et une mortalité élevée», rappelle le Dr Pierre Troisfontaines, chef du service de cardiologie et responsable du centre de l’insuffisance cardiaque au CHR de la Citadelle à Liège.

En Belgique, l’insuffisance cardiaque touche environ 250.000 personnes et c’est la première cause d’hospitalisation chez les 65+. Or, d’ici 2030, les patients souffrant d’insuffisance cardiaque pourraient augmenter de 30 à 40%. En cause? Principalement une meilleure prise en charge des infarctus qui permet à de nombreuses personnes de s’en sortir, mais parfois au prix d’une insuffisance cardiaque.

Un manque d’oxygène et de nutriments

Souvent liée à une maladie coronarienne et/ou à l’hypertension, l’insuffisance cardiaque est favorisée par une alimentation déséquilibrée, la sédentarité, le tabagisme ou une consommation excessive d’alcool. Des infections virales ou bactériennes peuvent également être en cause comme l’a montré le covid, cause de certaines myocardites (inflammation du muscle cardiaque) entraînant parfois une insuffisance cardiaque. Le cœur perd alors ses capacités optimales de contraction (expulsion) ou de relaxation (remplissage). Le sang ne peut donc plus apporter suffisamment d’oxygène et d’éléments nutritifs à l’organisme, ce qui provoque des symptômes de fatigue et de l’essoufflement.

Les études montrent que la télécardiologie permet de réduire de 50% la mortalité cardiovasculaire.

Par ailleurs, cette défaillance de la fonction de pompe peut entraîner une accumulation de liquide dans l’organisme, en particulier au niveau des poumons, des jambes et de l’abdomen. «Une prise de poids rapide et inexpliquée, un abdomen gonflé ou un gonflement des chevilles sont considérés comme des signes possibles d’insuffisance cardiaque, souligne le Dr Pierre Troisfontaines. Si on est fatigué, essoufflé et qu’on ne sait pas pourquoi, il faut en parler à son généraliste. On a tendance à banaliser ce type de symptômes, mais il faut explorer si ce n’est pas une insuffisance cardiaque, surtout si on est hypertendu. La moyenne d’âge de diagnostic, c’est 60 ou 65 ans mais des patients de 30 ans sont également concernés...»

Des progrès thérapeutiques majeurs

Il existe trois formes d’insuffisance cardiaque, classées selon la «fraction d’éjection». Ce critère désigne la force des ventricules et leur capacité à se vider à chaque battement de cœur. «Dans l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection réduite, qui représente 50% des formes, les capacités de pompe sont nettement altérées, précise le spécialiste. Il y a ensuite l’insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée et à fraction d’éjection modérément altérée.» Dans la forme à fraction d’éjection réduite, 4 classes de molécules principales sont utilisées. «La recommandation est d’arriver, dans les six semaines après le début du traitement, aux doses maximales de ces 4 classes de médicaments, ce qui permet une réduction des hospitalisations et de la mortalité.» Quelle que soit la forme d’insuffisance cardiaque, aujourd’hui, les inhibiteurs de SLGT2 (empaglifozine ou dapaglifozine) – des médicaments d’abord utilisés contre le diabète de type 2 – sont indiqués.

«Les inhibiteurs de SLGT2 ont été une révolution dans la prise en charge de l’insuffisance cardiaque car, comme l’ont montré des études récentes, ces molécules permettent de diminuer les hospitalisations et d’améliorer le pronostic du patient. Elles ont aussi un effet de protection des reins.» Autre découverte notable: celle des bénéfices de la correction de la carence en fer – par voie injectable – qui permet également d’améliorer les chances de survie.

«Il faut aussi privilégier l’aspect multidisciplinaire de la prise en charge», souligne encore le Dr Pierre Troisfontaines. C’est ce que proposent aujourd’hui les quelque 50 «cliniques de l’insuffisance cardiaque» présentes dans le pays. «La revalidation cardiaque permet au patient de réaliser des exercices adaptés afin de stabiliser la maladie. On prend aussi en charge les comorbidités comme le diabète ou l’insuffisance rénale grâce à l’aide d’une diététicienne, d’un kiné, d’un psychologue, etc.»

La télémédecine offre aussi de nouvelles possibilités de suivi, grâce à des appareils connectés et des applications qui permettent aux médecins et infirmiers spécialistes de suivre les paramètres du patient au jour le jour et d’anticiper les épisodes aigus. «Les études montrent que la télécardiologie permet de réduire de 50% la mortalité cardiovasculaire», relève encore le spécialiste. Une piste d’avenir pour préserver aussi sa qualité de vie.

Infos

• Ligue cardiologique belge: https://liguecardioliga.be/linsuffisance-cardiaque/

• Groupe de travail belge sur l’insuffisance cardiaque (BWGHF): https://www.heartfailure.be

• Site d’information sur l’insuffisance cardiaque à destination des patients par la Société européenne de cardiologie: https://www.heartfailurematters.org/fr/

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