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Et si vous changiez de boulot à 50 ans?

Quitter son emploi pour un domaine carrément différent à 50 ans... Une bonne idée ? Avec la perspective de devoir travailler jusqu’à 67 ans, les mentalités sont en train de changer.

Après une carrière de plus de trente ans dans la même entreprise, dans la même fonction ou le même secteur, on a parfois envie de changement... Faut-il sauter le pas ? Est-ce que cela ne revient pas à tirer un trait sur son expérience et à perdre un salaire confortable ? Des questions pertinentes qui peuvent freiner les candidats à la reconversion. Pourtant, de plus en plus de quinquas choisissent de se lancer. Parfois parce qu’ils n’ont pas le choix, suite à un licenciement, par exemple. Mais aussi pour embrasser volontairement une nouvelle carrière.

La sécurité financière

 » Je ne parlerais pas de tendance, surtout pas concernant les 50+. Mais on change en effet plus souvent de métier qu’avant, nuance Nele De Cuyper, psychologue en entreprise et professeur à la KU Leuven. Lorsque la situation macro-économique s’améliore, on se sent plus en sécurité et on ose plus facilement prendre des risques. On se dit que c’est le moment où jamais de chercher un emploi qui correspond mieux à ses aspirations. Passé 50 ans, on a en principe plus d’aisance côté finances pour franchir ce cap. On a fini de payer la maison, les enfants ont quitté le nid... « 

Chez Liantis, fournisseur de services en ressources humaines, on constate une hausse du nombre de 50 + qui se lancent en indépendants. De 12 % en 2013 on est passé à 14 % en 2018.  » Le gouvernement s’applique à sensibiliser le monde professionnel sur l’importance de continuer à travailler plus tard de sorte que le tabou qui pesait encore sur les quinquas désireux de prendre un nouveau tournant professionnel tend à disparaître « , insiste Marianne van der Wielen, business coach.  » Certains se lancent en indépendant dans le secteur où ils étaient employés. Mais j’aide aussi à se lancer ceux qui souhaitent, après 50 ans, changer de cap et faire enfin ce dont ils rêvent depuis longtemps. D’autres encore ont subi un revers, par exemple un burn-out, et se lancent dans le coaching pour faire profiter la société de leur expérience. « 

Erika Ver Berne, 61 ans, fait du coaching équin

Et si vous changiez de boulot à 50 ans?
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Cela fait longtemps que j’aime les chevaux mais je ne suis vraiment entrée en contact avec eux qu’à l’âge 46 ans. A l’époque, je vivais en Suisse, où j’enseignais dans une école internationale. Les chevaux étaient juste un hobby mais je trouvais qu’on maniait trop facilement le mors et la cravache. C’est ainsi que j’ai découvert Horsemanship et la philosophie de Pat Parelli, un entraîneur californien, qui sonde la personnalité du cheval en communiquant avec lui de manière non-verbale.

Pour approfondir la question, j’ai suivi des cours et suis revenue en Belgique. J’ai essayé de promouvoir la théorie de Horsemanship mais les gens n’étaient pas réceptifs. J’ai alors suivi des cours de coaching équin aux Pays-Bas et je me suis spécialisée dans le coaching systémique pour accroître les performances collectives. Les chevaux réagissent de manière très intuitive, ils captent nos émotions et nous aident à mieux les comprendre. En tant que coach, j’observe la façon dont les chevaux réagissent en présence d’êtres humains et cela m’aide à poser les bonnes questions.

Lancer ma société et trouver des clients n’a pas été facile. Heureusement, j’ai croisé des personnes avec lesquelles j’ai pu collaborer et des échanges se sont mis en place. Je voulais mettre à profit ma connaissance holistique des chevaux. Les gens accrochent, ça les aide. J’en suis ravie, car je suis quelqu’un qui a besoin de se sentir utile. Dommage que j’aie attendu d’avoir 46 ans pour me découvrir ce lien particulier avec les chevaux...

Aujourd’hui, à 61 ans, j’ai un certain vécu. J’ai côtoyé des cultures et des gens très différents. Cela m’aide dans mon coaching. J’entraîne aussi les chevaux de clients qui me le demandent. Je me sens enfin prête pour cela. Chaque chose vient en son temps.

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L’épanouissement personnel

Il est frappant de constater que les 50 + désireux de se reconvertir le font avant tout pour s’épanouir.  » Ils optent souvent pour un domaine qui leur tient à coeur et mettent l’accent sur l’aspect émotionnel, note Nele De Cuyper. Les jeunes, eux, sont plus matérialistes : ils visent d’abord la réussite objective. Par la suite, cette ambition évolue vers plus de subjectivité. Les 50+ se connaissent et se demandent ce que leur profession peut leur apporter en termes d’épanouissement. « 

Marianne van der Wielen, elle aussi, le constate lorsqu’elle rencontre des candidats à la reconversion professionnelle.  » Ils me semblent plus réalistes. Ceux qui se lancent étant jeunes ont envie de remuer ciel et terre, alors que les 50+ n’en ressentent pas automatiquement le besoin. Leurs valeurs ne sont pas les mêmes. Ils visent avant tout la réalisation de soi. Créer leur société et engager tout de suite du personnel ne les intéresse pas. Tant qu’ils ont de quoi vivre, ils sont contents, sans forcément viser plus haut. En revanche, ils sont exigeants en termes de qualité et de satisfaction de leurs clients. « 

Ce n’est pas parce qu’ils se connaissent et ont les pieds sur terre qu’ils tombent dans une certaine complaisance. Bien au contraire, ces starters-là sont mieux préparés et acceptent volontiers d’être coachés.  » Ils n’hésitent pas à demander conseil, se réjouit Marianne van der Wielen. Ils se demandent, plus encore que les jeunes, s’ils seront capables de se lancer en indépendants. En revanche, ils ne se posent pas trop de questions quant au domaine d’activité qu’ils ont choisi, même s’ils manquent d’expérience. Quand on est salarié, c’est l’entreprise qui détermine les orientations et la stratégie. Le fait de devoir l’assumer eux-mêmes peut déstabiliser.  » Et ils ne sont pas les seuls à douter. Les proches font (trop) souvent preuve de tiédeur ou carrément de négativité lorsqu’un 50+ annonce son désir de se lancer en indépendant ou de changer de métier du tout au tout.

Quelle valeur sur le marché ?

Malgré ces doutes et ces freins, les 50+ qui se lancent dans une nouvelle carrière ne manquent pas d’atouts. Au premier rang desquels la maturité. Un énorme avantage dans les métiers où il faut savoir négocier et se mettre en avant, souligne Marianne van der Wielen.  » Ils ne se laissent pas déstabiliser. Des années d’expérience leur ont appris à être à l’écoute des clients, à être diplomates, à prendre des risques mesurés, à savoir trancher ou agir de manière décisive... Des compétences précieuses, quelle que soit la fonction. « 

 » Je ne pense pas que l’atout n°l des 50+ soit leur expérience dans une fonction précise, renchérit Nicolas Moerman chez Nestor, une agence d’intérim spécialisée dans le placement des 50 +. Leur richesse réside plutôt dans la maturité, la flexibilité, la loyauté, le réseautage et le don pour les contacts et la communication. Tout le reste peut s’apprendre. D’autant que le monde change à toute allure. En une vingtaine d’années, le secteur de la vente a évolué du tout au tout. Il faut constamment remettre à jour ses connaissances professionnelles. « 

Pour Nele De Cuyper, c’est là que le bât blesse : les employeurs investissent trop peu dans la formation des 50 + et cela ne les incite pas à aller voir ailleurs.  » Il faut dire que ce n’est pas une décision facile à prendre. Les 50+ se sentent dévalorisés sur le marché de l’emploi, notamment par le manque de formation continue. Quand on a envie de changer de fonction ou de carrière, on doit prendre soi-même l’initiative et s’inscrire à une formation. Cela peut se faire de manière informelle, par exemple en travaillant dans un club de sport ou de loisirs près de chez soi, et en se familiarisant ainsi avec un nouvel univers. « 

Robert De Bosschere, 57 ans, a lancé son entreprise de rénovation

Et si vous changiez de boulot à 50 ans?
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J’ai travaillé pendant vingt-cinq ans pour un grossiste en quincaillerie, jusqu’à ce que l’antenne belge ferme. Je sentais que j’allais recevoir mon C4 mais cela a été malgré tout un coup dur. Je me retrouvais sans emploi à 51 ans. Il m’a fallu plusieurs mois pour rebondir. J’ai postulé à plusieurs reprises pour des emplois proches de ce que je faisais avant mais, fatalement, on me trouvait soit trop cher, soit trop âgé. J’ai décidé de suivre des cours d’entrepreneuriat et de me lancer en indépendant.

Dix ans plus tôt, j’avais suivi (en cours du soir) une formation en construction pour pouvoir construire ma maison. Grâce au coaching de carrière, je me suis rendu compte que ce secteur m’intéressait beaucoup. Mais de là à créer ma société... Je pensais d’abord me lancer comme coordinateur en rénovation. Le hasard a voulu qu’à la même époque, mon fils se lance dans des études de menuiserie, dans l’idée de devenir indépendant. Nous avons donc franchi le pas ensemble : nous avons créé à deux notre société de travaux et rénovation. Ma démarche a sans doute été facilitée par le fait que je me suis lancé avec mon fils, et non seul. En tout cas, il faut un certain courage : physiquement, c’est assez dur mais j’ai commencé tard, alors je ne suis pas encore usé.

J’avais l’expérience de mon propre chantier, pour ma maison. Le plus difficile, c’est d’estimer le temps nécessaire pour finir un chantier. Je n’hésite jamais à en parler ouvertement et nos clients apprécient. Nous confions les travaux que nous ne maîtrisons pas nous-mêmes à des spécialistes. J’apprends chaque jour. C’est comme cela dans la construction : il faut se familiariser en permanence avec de nouveaux matériaux, de nouvelles techniques ou de nouvelles législations.

Je ne regrette absolument pas ma décision. C’est un boulot assez dur. L’entreprise m’occupe 7 jours sur 7. Mais j’en retire beaucoup de satisfaction. Notre grand plaisir consiste à livrer un travail qui satisfait nos clients. Mon fils et moi sommes nos propres patrons : nous décidons quand et comment nous allons procéder. Parfois je me dis : j’aurais dû commencer dix ans plus tôt !

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Oublier les préjugés !

Et les employeurs ? Sont-ils prêts à engager un travailleur qui aurait de la maturité mais encore peu de compétences pratiques ?  » La situation est en train d’évoluer, mais trop lentement, estime Nele De Cuyper. On reste focalisé sur de nombreux stéréotypes négatifs liés à l’âge : soit-disant plus de lenteur, moins de flexibilité et d’aptitudes ou d’envie de se former. Cela ne correspond pas du tout à ce qu’on observe dans les faits mais ce préjugé reste bien ancré. C’est dommage, car les 50 + sont, au contraire, bourrés d’initiatives. Et il s’agit d’un groupe important : il sera difficile de continuer à le snober. « 

 » Aujourd’hui, il n’y a plus surabondance de main d’oeuvre, constate Nicolas Moerman. Les entreprises ont de moins en moins le luxe du choix. Celles qui frappent à notre porte ne cherchent pas à engager des profils précis mais plutôt des gens qui ont le sens des responsabilités et qui correspondent au groupe cible visé par l’entreprise – par exemple dans le secteur de la vente – ou encore des employés à temps partiel sur lesquels ils peuvent réellement compter. Au besoin, les patrons sont prêts à financer une formation préalable. « 

Une fois la décision prise de relancer sa carrière ou de lui donner un nouvelle orientation, le quinqua se donne à fond. Nicolas Moerman constate que les entrepreneurs de cette classe d’âge doutent nettement moins. Les chiffres fournis par Liantis le confirment : les older starters se débrouillent plutôt bien ! Ainsi, 78 % des 50 + sont toujours actifs au bout de deux ans, contre 66 % des young starters (18-25 ans).

CV pour une reconversion réussie

C’est décidé : vous allez postuler pour une tout autre fonction, voire un autre secteur. Comment faire forte impression avec votre CV auprès de votre employeur potentiel ? Les conseils de l’e-coach, Nadia Boudaou.

  • Rédigez un CV taillé pour le job auquel vous postulez. Mettez en avant vos compétences pour qu’elles sautent aux yeux.
  • Ajoutez en haut de page un court profil dans lequel vous vous présentez en quatre à sept lignes. C’est l’occasion de schématiser vos talents et votre personnalité.
  • Listez ensuite les études et les formations que vous avez suivies, y compris les stages qui vous aident à mener à bien votre reconversion.
  • Soignez particulièrement la partie compétences. Donnez des exemples concrets, accompagnés de mots-clés.
  • Détaillez vos expériences professionnelles en bas de votre CV et ne reprenez que les tâches liées à la fonction pour laquelle vous postulez.
  • Vous avez plus de 55 ans ? Si vous postulez en Flandre, mentionnez en passant le fait que l’employeur peut obtenir une réduction des cotisations sociales s’il embauche un travailleur de plus de 55 ans.
  • Synchronisez votre activité sur les réseaux sociaux et votre reconversion professionnelle : suivez les entreprises qui vous intéressent, partagez des posts et des news qui font sens, devenez membre de groupes actifs dans votre domaine d’intérêt...

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